Sébastien Lecornu, premier ministre . Vous parlez d'or en évoquant les leçons et les devoirs qui s'imposent à nous. Depuis les attentats perpétrés par Mohammed Merah, celui commis contre Charlie Hebdo et les vingt-quatre attentats mortels survenus depuis le 13 novembre 2015, le premier des devoirs est celui de l'unité. Nous nous souvenons de ceux qui, en leur temps, ont voulu diviser le peuple français. Or il importe d'assurer l'unité politique inébranlable aux côtés de ceux qui incarnent l'État dans ces moments d'épreuve – à l'époque, le président Hollande, son premier ministre et ses ministres –, afin de garantir aux services de l'État l'efficacité et la réactivité nécessaires pour protéger nos concitoyens. C'est cela, la continuité républicaine ; nous la devons au peuple français, quelle que soit notre sensibilité politique.
De ces événements, nous gardons la conviction profonde qu'il est toujours possible d'améliorer les choses. Vous avez mentionné les magistrats à juste titre : le procès hors norme de ceux qui ont perpétré ces actes horribles a marqué une avancée pour l'autorité judiciaire. Des leçons ont aussi été tirées pour renforcer l'efficacité des forces de l'ordre et de la direction générale de la sécurité intérieure – le ministre de l'intérieur l'a rappelé. Des décisions courageuses face au terrorisme ont également été prises, dès le mandat du président Hollande, concernant l'action des forces armées – comment, de là d'où je viens, ne pas les citer – et de la direction générale de la sécurité extérieure. La menace terroriste est endogène, mais elle est aussi exogène, compte tenu de la situation au Levant et des menaces que l'État islamique au Khorassan fait peser sur l'ensemble des pays européens. Nous y reviendrons à l'occasion de l'examen du budget des armées : la lutte antiterroriste décisive passe aussi par des opérations en mer ou dans des pays amis comme l'Irak – qui vient de tenir ses élections législatives. N'oublions pas que la menace projetée sur notre sol il y a dix ans provenait de l'extérieur. Nous ne pouvons séparer durablement la lutte contre le terrorisme menée sur le territoire national de ce qu'il se passe à l'étranger.
Cependant, la fin de votre question va plus loin : elle soulève le problème de l'entrisme et du séparatisme, c'est-à-dire de ce qui n'est pas encore du terrorisme endogène mais conduit à la remise en cause du pacte social et républicain. À cet égard, un travail considérable a été remis au goût du jour tout au long de l'année 2024 : des rapports ont été remis – certains rendus publics –, des conseils de défense et de sécurité nationale se sont tenus – parfois en votre présence lorsque vous étiez premier ministre. Forts de ces travaux, complétés depuis, les ministres concernés pourront lancer une consultation des différentes formations politiques représentées à l'Assemblée nationale, afin d'identifier ce qui dans notre arsenal juridique peut être encore amélioré pour lutter contre le séparatisme et l'entrisme. Il peut s'agir d'éléments juridiques très techniques qui font encore défaut à l'autorité judiciaire ou aux préfets.
Enfin, la lutte contre l'entrisme et le séparatisme relève aussi d'un combat politique. Toutes les lois, tous les décrets, juges ou préfets n'effaceront pas la nécessité pour l'ensemble des partis politiques de lutter contre ces idéologies – à commencer par l'entrisme dans les listes des prochaines élections municipales ! Chaque formation politique, chaque commission d'investiture doit faire le ménage. Au-delà des règles et des lois que nous édictons, ce combat politique dans l'unité et pour la République demeure nécessaire. Je propose que nous le menions ensemble. Nous le devons au peuple français qui, au-delà des paroles, attend de nous des actes.