Louis BoyardJe vous parlerai de ma circonscription, qui eut un temps la plus grande gare de triage ferroviaire d'Europe – avant la désindustrialisation du territoire. Aujourd'hui, nous avons l'aéroport. Des avions passent au-dessus de nos têtes toutes les quatre minutes : lorsque vous êtes dans la rue, vous devez interrompre vos conversations. On s'y fait, mais on perd du temps d'espérance de vie en bonne santé. Nous avons aussi de la précarité, en raison du faible nombre d'emplois ; mais celles et ceux qui travaillent exercent des fonctions essentielles.
Ce territoire qui me tient à cœur a un immense potentiel : j'ai nommé le contrat d'intérêt national. En 2018, l'État, le département du Val-de-Marne, l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre et les communes de Villeneuve-Saint-Georges, Valenton et Choisy-le-Roi se sont mis d'accord sur un engagement clair : transformer ce secteur en moteur économique et industriel de proximité par l'aménagement, entre autres, d'une plateforme logistique multimodale et d'une voie de desserte indispensable pour désenclaver la zone – si vous passez par la route nationale 6, attendez-vous en effet à des bouchons ! L'objectif est simple : faire renaître un site abandonné depuis l'arrêt du fret ferroviaire.
Par chance, la gare de triage de Villeneuve a un potentiel logistique unique en France : il s'agit de l'un des nœuds ferroviaires les plus importants d'Île-de-France, à deux pas de la capitale, de l'aéroport d'Orly, du marché international de Rungis et du port multimodal de Bonneuil ; il est connecté au monde par la Seine et le grand port maritime du Havre. Aucun autre endroit dans le pays ne réunit autant de facteurs propres au lancement de ce projet industriel. Il s'agit également du seul endroit d'Île-de-France où l'on peut vraiment relancer un fret propre, ferroviaire et fluvial, et tourner la page du tout-routier. Ce projet est crucial pour la transition écologique et la relance industrielle, mais surtout pour le territoire et la vie de ses habitants.
Villeneuve-Saint-Georges n'est pas une ville comme les autres, elle connaît la précarité. Dans ces quartiers populaires, les associations sont souvent tenues par des mamans qui élèvent seules leurs enfants, des héroïnes de la France, qui pallient le désengagement de l'État. C'est maintenant à lui de s'engager pour sauver le territoire. Car depuis la signature du contrat, nous n'avons rien obtenu de concret. Le comité de pilotage se réunit, identifie les enjeux, échange, mais il ne décide rien. La voie de desserte, dont le coût est estimé à 55 millions d'euros, n'est toujours pas financée alors qu'elle conditionne l'ensemble du projet.
Madame la ministre, ce contrat d'intérêt national ne doit pas devenir un contrat d'intérêt oublié. Il ne manque qu'une chose : l'action de l'État. Je vous pose donc trois questions simples et précises : où en est réellement l'État dans la mise en œuvre opérationnelle du contrat d'intérêt national ? Confirme-t-il sa volonté de financer la voie de desserte et de mener à bien ce projet d'intérêt écologique et social ? Surtout, quand les habitants verront-ils enfin les premières réalisations, les premiers emplois, les premiers signes que l'État ne les a pas une fois de plus oubliés ?