Christophe BentzMa question s'adresse à Mme la ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire.
« J'en fais des cauchemars la nuit, je me réveille trempé de sueur et me lève, chaque matin, en tendant le dos. Je rejoins mon troupeau à reculons alors que j'aimais passionnément mon métier. Ramasser des cadavres tous les deux jours ou voir des bêtes en souffrance, ce n'est pas une vie. Où est le bien-être animal ? » Ces mots sont ceux de Stéphane, éleveur ovin dans le Bassigny, dans le Sud de la Haute-Marne. Il a perdu cette année plus de 170 brebis, un véritable carnage qui le contraindra sans doute à cesser toute activité l'année prochaine.
La Haute-Marne est le département de plaine le plus touché par les attaques de loups : depuis le début de l'année, on compte plus de 700 victimes en près de 150 attaques. Une dizaine d'éleveurs sont concernés. Pour chaque Stéphane qui décide d'arrêter, combien de jeunes renoncent à s'installer ?
Les éleveurs et leurs représentants, les élus locaux, la population : tous nous alertent depuis plusieurs mois, sans résultat. Le loup ravage désormais nos élevages. Il faut lever cet obstacle insupportable à l'exercice même du métier d'agriculteur.
Face à l'augmentation de la population de loups, le plan national d'actions sur le loup et les activités d'élevage n'est plus adapté, notamment dans les zones de plaines, où les enjeux et les contraintes sont bien différents de ceux que connaissent les zones historiques de montagne.
Il faut donc agir : relever le seuil de prélèvement, améliorer les méthodes d'estimation, autoriser les tirs de défense et de prélèvement dans tous les cercles, simplifier les procédures pour que ces tirs puissent intervenir immédiatement après une attaque, reconnaître et faciliter les zones de non-protégeabilité et, enfin, renforcer les moyens comme le maillage de la brigade mobile d'intervention et des lieutenants de louveterie.
Je vous invite, monsieur le ministre, ainsi que Mme la ministre de l'agriculture, à venir sur place pour constater la situation et rencontrer les éleveurs et leurs représentants. Je vous demande également de saisir la préfète coordinatrice du plan national d'actions sur le loup, afin de régler ce problème qui se pose de façon grave et urgente en Haute-Marne et qui a de lourdes conséquences sanitaires, économiques, sociales et même psychologiques.
Quand et comment le gouvernement compte-t-il enfin adapter la régulation du loup à la réalité du terrain ? Qu'attendez-vous pour réagir : que l'on dénombre 1 000 ou 2 000 victimes ? Que nos éleveurs disparaissent ? Certains viennent me voir pour me dire qu'ils sont au bord du suicide.
La situation n'est plus tenable. Entendez la détresse des éleveurs de Haute-Marne et d'ailleurs. Ils attendent des décisions fortes, concrètes. Ils ne veulent pas de promesses mais des actes. Tout de suite.