Christine ArrighiMonsieur le ministre de l'éducation nationale, je vous remercie d'être présent pour, je l'espère, répondre positivement à ma question. J'ai adressé le 8 avril un courrier au cabinet de votre prédécesseure, qui demeure sans réponse à ce jour, par lequel je souhaitais appeler son attention sur un projet de valorisation et de certification des compétences en langues vivantes non enseignées développé par le collège Stendhal à Toulouse.
Dans ce collège, les professeurs de langues vivantes font un constat simple : plus de vingt langues étrangères sont parlées parmi les élèves d'une classe de quatrième. Vingt langues étrangères, ce sont autant de connaissances culturelles et linguistiques qui, dans notre système éducatif, passent totalement sous les radars. En effet, dans la mesure où elles ne sont pas enseignées ni évaluées par les collèges, ces langues ne sont pas prises en compte pour l'obtention du diplôme national du brevet.
Alors le collège Stendhal a développé un projet pour valoriser la richesse issue de la diversité de ses élèves, en partenariat avec l'université Toulouse Jean-Jaurès et l'association Famille Langues Cultures. Il s'agit de permettre l'évaluation et la certification des niveaux de maîtrise dans la langue maternelle des élèves candidats : catalan, wolof, farsi, ourdou, italien, arabe dialectal…
Les effets positifs de ce projet sont multidimensionnels : en reconnaissant et en valorisant les savoirs, il constitue un vecteur de réussite dans le parcours scolaire et la reconnaissance positive d'acquis souvent obtenus au prix de parcours migratoires compliqués, voire très douloureux. Plus largement, il participe au développement de l'estime de soi de ces élèves en milieu scolaire ainsi qu'à la reconnaissance d'une richesse qui peut faire la différence sur le marché du travail d'aujourd'hui et de demain. Il représente une réelle incitation à conscientiser, à développer et à exploiter les connaissances linguistiques, au-delà des langues européennes déjà enseignées.
Chaque année, les professeurs volontaires mettent tout en œuvre pour permettre la certification du plus grand nombre d'élèves possible. Une cérémonie de remise de certification est alors organisée pour que les enseignants, les élèves et leurs familles se réunissent autour de ce projet d'ampleur. Ce moment constitue une formidable occasion de renforcer et de développer le lien de confiance entre l'établissement et les familles, parfois éloignées de l'institution scolaire. Cette reconnaissance leur confère de la dignité et les rend fières de leur enfant.
Aussi, si les bénéfices de cette initiative locale ne sont plus à prouver, son existence est-elle relativement précaire. Elle repose exclusivement sur la bonne volonté et l'engagement des enseignants, sans que les ressources nécessaires pour une reconduction annuelle systématique soient mobilisées ou qu'une couverture de l'intégralité des langues parlées soit proposée. Or, eu égard à l'importance de ce projet dans les parcours scolaires individuels des participants et du point de vue du projet d'établissement, son renforcement et sa sécurisation sont indispensables, de telle sorte qu'il bénéficie au plus grand nombre en Haute-Garonne et partout en France.
On parle souvent dans cet hémicycle de la situation préoccupante de notre système éducatif, de la réussite scolaire et de l'insertion professionnelle de nos jeunes. Nous nous devons de soutenir et d'encourager les énergies, efforts et projets vertueux qui naissent dans nos territoires.
À l'aune de ces éléments, je vous demande la pleine reconnaissance institutionnelle de ce dispositif – par le lancement d'un ou plusieurs projets pilotes, par exemple – en vue de permettre un essaimage du modèle à l'échelle nationale en même temps qu'une intégration des certifications en langues maternelles non enseignées dans le barème d'obtention du diplôme national du brevet.
Les enfants, les enseignants et les familles du collège Stendhal vous attendent, tout comme l'ensemble des collèges qui pourraient participer à ce projet très novateur.