Nathalie OziolLa loi de bioéthique de 2021 a ouvert aux femmes âgées de 29 à 37 ans la possibilité de congeler leurs ovocytes sans motif médical. Elles peuvent ensuite choisir d'utiliser leurs ovocytes congelés jusqu'à leur quarante-cinquième anniversaire dans le cadre d'une procréation médicalement assistée.
Mais alors que la loi de bioéthique devait être une nouvelle étape pour garantir le droit pour toutes les femmes d'avoir un enfant quand elles le veulent et si elles le veulent, l'égalité d'accès à l'autoconservation ovocytaire n'est pas garantie dans les faits. Depuis 2021, des femmes seules, des femmes en couple avec une femme et des femmes en couple avec un homme ont entamé des démarches pour congeler leurs ovocytes, comme la loi le leur permet. Mais l'offre, elle, est restée constante : à peine un peu plus d'une quarantaine de centres permettent la préservation d'ovocytes sans motif médical en France.
J'ai auditionné à ce sujet l'association de patientes BAMP, l'équipe médicale du centre hospitalier universitaire de Montpellier, l'agence régionale de santé d'Occitanie et l'Agence de la biomédecine. Le constat est unanime : la demande n'a pas du tout été anticipée ; elle a même été sous-estimée.
Face à la multiplication des demandes et au manque de moyens alloués, les listes d'attente s'allongent chaque année et les équipes, qui portent à bout de bras la possibilité pour les femmes de congeler leurs ovocytes, ne sont pas toujours en mesure de proposer un rendez-vous avant le trente-septième anniversaire de la patiente.
En 2023, l'Agence de la biomédecine recensait plus de 20 000 demandes d'autoconservation ovocytaire, pour seulement 4 000 prises en charge. Le CHU de Montpellier a enregistré une augmentation de 150 % d'activité en 2023 par rapport à 2022, de 45 % en 2024 par rapport à 2023, et une augmentation du nombre de ponctions de 65 % entre 2021 et 2024. En 2024, le délai d'attente moyen était de quatorze mois sur le territoire national. Dans un grand nombre d'établissements, il est même de deux ans.
Or le principe de ce dispositif est celui d'une course contre la montre biologique. Par conséquent, certaines femmes renoncent à la congélation d'ovocytes en France et partent à l'étranger, notamment en Espagne, où la prise en charge est plus rapide, mais plus coûteuse : c'est une rupture d'égalité flagrante, face à laquelle il est nécessaire d'investir massivement dans les recrutements, les formations spécialisées de médecins, de biologistes, de sages-femmes, de psychologues et de techniciens, mais aussi dans des locaux de conservation.
Par ailleurs, quand des patientes d'autres régions, notamment de région parisienne où les centres sont saturés, tentent d'obtenir un rendez-vous, certains centres de province sont contraints d'établir des priorités, par bassin d'habitation ou par âge. Certains centres ne réalisent qu'une seule ponction pour pouvoir recevoir davantage de personnes, alors que d'autres en font plusieurs pour collecter un plus grand nombre d'ovocytes. Il est donc nécessaire d'assurer une harmonisation et une égalité des pratiques à l'échelle nationale.
Que compte faire le gouvernement pour assurer enfin l'accès à l'autoconservation d'ovocytes qui n'est, pour le moment, rien d'autre qu'une promesse ? Des centaines, des milliers de femmes attendent des investissements et des recrutements. Quand auront-ils lieu ?