Alexandra MassonMonsieur le ministre, c'est un fait que plus personne ne peut ignorer : dans mon département, l'axe Nice-Monaco-Menton-Vintimille est totalement asphyxié. Les trois corniches et l'autoroute A8 sont saturées ; la ligne de train express régional SNCF, qui est la seule alternative, reste trop fragile. Grèves, accidents, bagages abandonnés, chutes de roches, interruptions régulières du trafic : chaque jour, des milliers de salariés vivent leur trajet comme une loterie. Pourtant, 57 000 Français vont travailler à Monaco, où les créations d'emplois ne cessent d'augmenter : on en prévoit 80 000 d'ici à 2030. Si nous ne prenons pas la mesure de l'urgence, tout l'est des Alpes-Maritimes perdra en attractivité, en dynamisme et en qualité de vie.
En 2020, le gouvernement monégasque a lancé un projet d'avenir : un métro automatique, électrique et souterrain. Ce projet est capable de réduire massivement les émissions de CO2, de fiabiliser les temps de parcours et de sécuriser l'accès aux pôles d'emploi. Il est soutenu par les entreprises monégasques et les élus du Conseil national de Monaco. Il est très attendu par les salariés qui vivent chaque jour l'enfer des transports. Mieux encore, monsieur le ministre, c'est un projet transfrontalier stratégique à la croisée de trois États – la France, la principauté de Monaco et l'Italie. Il est adapté à l'échelle de notre bassin de vie.
Le 17 novembre, le prince Albert II de Monaco a rappelé avec clarté qu'un tel projet ne pouvait être envisagé qu'avec la France. C'est pourquoi les déclarations du ministre des transports parues dans la presse, qui visent à enterrer ce projet, ont été profondément décevantes. Elles ont aussi été mal perçues par la population. Monsieur le ministre, par définition, un métro souterrain n'a pas besoin d'être enterré : il l'est par nature !
La France étend actuellement ses lignes de métro automatisées, propres et résilientes : ainsi la ligne 14 a-t-elle été prolongée jusqu'à l'aéroport d'Orly. Nous savons que cette technologie est fiable, rapide et efficace et, surtout, moins vulnérable que le ferroviaire de surface. Dans ces conditions, pourquoi s'obstiner à compter uniquement sur un TER dont chacun connaît les limites ? Pourquoi renoncer avant même d'avoir étudié sérieusement les faits et les chiffres ? Pourquoi priver notre magnifique territoire d'une solution qui fonctionne ailleurs ?
Monsieur le ministre, nous avons besoin d'une vision, pas d'une reculade ou d'un renoncement ; nous avons besoin d'un gouvernement qui ouvre les options au lieu de les fermer, qui ose penser à 5, 10 ou 15 ans plutôt qu'à l'horizon de quelques mois. Ainsi que la principauté de Monaco vous y a invités, je vous demande à mon tour solennellement de lancer une étude : ne tournez pas la page avant que de l'avoir lue ! Donnons-nous les moyens de mener une politique ambitieuse et stratégique, d'arbitrer ensemble sur pièces, de manière rationnelle, dans l'intérêt général. Ce métro est une nécessité stratégique pour les salariés, l'économie, l'environnement. Il est crucial pour l'avenir de notre bassin de vie doublement transfrontalier, ce qui est exceptionnel à l'échelle de notre territoire. Pour que nos enfants puissent nous remercier plus tard, ne laissons pas passer cette chance !