Matthieu BlochSi le sujet que je souhaite évoquer ne relève pas directement de vos compétences, vous le connaissez bien puisque vous êtes élu d'une commune de Bourgogne-Franche-Comté.
Les lignes ferroviaires transfrontalières entre la France et la Suisse ne sont pas seulement des infrastructures de transport, ce sont des outils stratégiques pour l'avenir du Doubs et du Nord Franche-Comté. Essentielles pour les milliers de travailleurs frontaliers qui subissent chaque jour les bouchons dans les vallées du Doubs et des cantons suisses du Jura et de Neuchâtel, elles sont tout aussi indispensables pour l'alimentation de nos lignes à grande vitesse, dont elles renforcent l'attractivité et la performance.
Pour ce territoire industriel majeur et résolument tourné vers la Suisse, nous avons besoin d'un réseau ferroviaire fiable, cadencé et à la hauteur des attentes de nos partenaires. Or c'est précisément sur ce point que l'incompréhension grandit.
L'annonce de la suppression de la liaison directe Belfort-Montbéliard-Bienne, dès ce mois de décembre, alors même que nos partenaires suisses défendent un développement ambitieux dans le cadre du projet Convergence 2026, ne peut être perçu par nos voisins que comme un recul. Les Suisses proposent un cadencement à la demi-heure jusqu'à Belfort-Ville, apportent des financements et investissent dans la modernisation. Ils tiennent leurs engagements, la France doit tenir les siens.
Je vous rappelle que la réouverture de la ligne Belfort-Delle, mise en service en 2018, a représenté 110 millions d'investissements, dont près de 25 millions pour la Confédération suisse, auxquels s'ajoutent plus de 3 millions pour le canton du Jura – soit un total de 28 millions côté suisse. Si nos voisins ont mis de l'argent sur la table, ce n'est pas pour voir les ambitions réduites sept ans plus tard, mais bien pour consolider une réelle porte d'entrée ferroviaire vers la Suisse.
De même, la ligne Neuchâtel-Frasne connaît une hausse de fréquentation remarquable depuis 2020.
Alors que la Suisse investit et modernise, l'enjeu pour la France est clair : garantir des correspondances TGV fiables et maintenir une infrastructure au niveau attendu. La crédibilité de la France dépend évidemment de cette réciprocité.
Sur la ligne dite des Horlogers, les avancées sont reconnues par nos partenaires de l'autre côté de la frontière. Cependant, une demande précise reste insatisfaite : une desserte supplémentaire, en fin de journée, vers 18 heures, depuis la Chaux-de-Fond. Les travailleurs frontaliers expriment là un besoin concret, simple et légitime. En y répondant, la France ferait un geste de cohérence à l'égard d'un partenaire exemplaire.
La région Bourgogne-Franche-Comté est certes l'autorité organisatrice mais elle ne peut ignorer les attentes suisses ni la dynamique transfrontalière qu'elle prétend soutenir. Comment comprendre que la majorité régionale socialiste, si prompte à donner des leçons d'écologie, manifeste si peu d'intérêt pour des liaisons ferroviaires qui comptent pourtant parmi les plus efficaces en matière de mobilité durable ?
L'État doit non seulement accompagner les dispositifs mais aussi mettre une pression politique forte pour que la région respecte pleinement la déclaration d'intention, signée le 11 février 2025 avec la Suisse, relative au développement stratégique des liaisons ferroviaires franco-suisses. Elle engage la France – donc aussi la région – et l'avenir de nos territoires.
Je vous demande de nous apporter des garanties claires sur la continuité de la liaison Belfort-Montbéliard-Bienne, les investissements nécessaires pour sécuriser la ligne Neuchâtel-Frasne ainsi que ses correspondances TGV, et le renforcement de la desserte sur la ligne des Horlogers.
Au-delà de la question de l'offre en matière de transports, il y va de la crédibilité internationale de la France, du respect de nos engagements vis-à-vis de nos partenaires suisses et de l'avenir ferroviaire d'un territoire frontalier stratégique. Je vous remercie par avance de votre réponse.