Dominique VoynetMa question s'adresse à Mme la ministre des outre-mer et concerne l'aggravation de cet orpaillage illégal qui mine la Guyane, ainsi que la nécessité de déployer des moyens substantiels pour y faire face.
D'abord pratiqué de façon dissimulée en forêt, l'orpaillage illégal a désormais lieu dans le lit des rivières. Le Tampok et l'Inini, affluents du Maroni, sont empoisonnés par le mercure et le cyanure, ce qui entraîne de lourdes conséquences sanitaires et environnementales : les enfants naissent porteurs de handicaps ou de malformations, les habitants des villages amérindiens ont interdiction de manger le poisson qui constitue la base de leur alimentation, avec le manioc qu'ils lavent dans le fleuve.
Dans le cadre de l'opération Harpie, des efforts importants ont été déployés pour détruire le matériel saisi sur les sites d'orpaillage illégal et freiner le trafic sur les fleuves. Ils produisent toutefois des résultats limités en raison de l'ingéniosité des trafiquants, de leur détermination, de leur violence – parmi les agents du parc national et les forces de l'ordre, une dizaine sont morts en mission, victimes d'agressions, de guet-apens, d'accidents comme celui qui a coûté la vie à Guy Barcarel, chef teko de Camopi. La tâche de ces personnels est très difficile, leur courage n'est pas en cause.
Le climat de violence affecte également les communautés amérindiennes d'Élahé, de Kayodé, de Twenké, qui subissent la loi des trafiquants, leurs menaces, leur violence. Au moins 150 sites sont recensés, soit près de 5 à 10 tonnes d'or produit chaque année dans d'abjectes conditions. Le ballet des trafiquants est bien connu : les garimpeiros retournent régulièrement au Suriname voisin, où se trouvent leurs camps de repos, leurs familles, les comptoirs de vivres, d'alcool et de matériel, les sectes religieuses, les réseaux de prostitution.
Sachant que le poste du Tampok ne dispose d'aucune embarcation rapide et qu'aucune tentative d'interception n'aura lieu, les pirogues chargées du matériel nécessaire à l'exploitation de l'or remontent jour et nuit le Maroni au vu et au su des villageois impuissants, des militaires du 9e régiment d'infanterie de marine, positionnés sur des points fixes. Comme me l'a écrit un riverain, « le poste de contrôle du Tampok n'est pas un bouclier mais un décor, symbole de l'impuissance de l'État face à la destruction de l'Amazonie française et des peuples autochtones qui y survivent ».
Le Maroni constitue pourtant une artère vitale : il sert aux déplacements là où n'existent ni route ni desserte aérienne, mais aussi à se laver, à laver le manioc, la vaisselle, le linge, à pêcher le poisson essentiel à l'alimentation locale.
Madame la ministre, quels moyens entendez-vous mobiliser, en lien avec les États voisins, pour protéger les riverains et l'écosystème local et démanteler chaque étape du trafic, y compris celles qui, grâce à des complicités guyanaises, se déroulent sur le sol même de la Guyane ?