Bertrand SorreLa situation financière, le modèle économique et la gouvernance du Mont-Saint-Michel, monument emblématique de ma si belle circonscription du Sud Manche, soulèvent de sérieuses interrogations.
Pour rappel, l'établissement public industriel et commercial national du Mont-Saint-Michel a été institué par décret du premier ministre le 19 décembre 2019. Placé sous la double tutelle des ministères de la culture et de la transition écologique, il est né de la volonté conjointe de l'État et des acteurs locaux de porter une nouvelle ambition pour le Mont-Saint-Michel.
Or, le 18 juillet dernier, un rapport de la Cour des comptes a mis en évidence des déséquilibres structurels entre le Centre des monuments nationaux et l'établissement public national du Mont-Saint-Michel, concernant notamment le partage des recettes issues de la billetterie de l'abbaye. Cette double gouvernance pose en effet un problème.
À ce jour, la contribution du CMN s'élève à 675 000 euros par an, selon la convention liant les deux établissements publics jusqu'au 31 décembre 2025. Or celle-ci ne paraît plus suffisante pour assurer le bon fonctionnement de l'établissement public et lui permettre de mobiliser le financement nécessaire pour son projet d'investissement.
Toujours selon le rapport de la Cour des comptes, l'exploitation de l'abbaye du Mont-Saint-Michel générerait pour le CMN un chiffre d'affaires de 16,54 millions d'euros, pour des dépenses de fonctionnement de 3,425 millions d'euros : le solde d'exploitation – hors investissements – s'élève donc à 13,115 millions.
La hausse du tarif d'entrée de 11 à 16 euros, appliquée en deux temps en 2024 puis en 2025, doit générer un chiffre d'affaires supplémentaire estimé à 5,7 millions en année pleine, portant le solde d'exploitation du CMN à plus de 18 millions d'euros par an.
Dans le même temps, le plan d'investissement de l'établissement public pour la période 2026-2030 s'élève à 38 millions d'euros, pour des projets jugés « incontournables » et « stratégiques pour le rayonnement du Mont-Saint-Michel » par la Cour des comptes. Pourtant, le modèle économique actuel ne permet absolument pas à l'établissement de dégager une capacité d'autofinancement suffisante.
Revoir la contribution du CMN à la hausse permettrait à l'établissement public de mobiliser une partie des recettes d'entrée à l'abbaye pour contribuer à l'effort d'investissement du site, ce qui est impossible avec le modèle économique actuel.
De plus, il est impérieux, au vu des conclusions du rapport de la Cour des comptes, de faire évoluer la gouvernance du Mont-Saint-Michel en unifiant sa gestion autour de l'établissement public, institué en 2019 selon la volonté de l'État.
C'est pourquoi je souhaite connaître les intentions du gouvernement concernant la gouvernance du Mont-Saint-Michel. Je pense notamment à la possibilité d'en confier la gestion exclusive à l'Epic national.