Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale. Je suis tout à fait d'accord pour dire que la démographie n'est pas une fatalité. Je crois d'ailleurs être le premier ministre de l'éducation nationale à être venu devant la commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée avec des statistiques sur les vingt prochaines années. J'ai expliqué, comme je le crois profondément, que tant que nous n'accepterons pas de partager collectivement une vision sur vingt ans, l'examen successif de chaque projet de loi de finances – certes indispensable – ne permettra pas d'appréhender le choc démographique auquel nous faisons face. Ce choc démographique représente, pour le système éducatif, 2 millions d'élèves en moins – sur 12 millions – en 2035 par rapport à 2015. Dans certains territoires, comme en Guadeloupe, on prévoit, pour le premier degré, 25 % d'élèves en moins en dix ans. La chute est donc phénoménale.
Si nous suivions mécaniquement la démographie, nous aurions supprimé, ces trois dernières années, 15 000 postes dans le premier degré ; or nous n'en avons supprimé aucun. Si nous suivions mécaniquement la démographie, nous aurions proposé de supprimer 8 000 à 9 000 postes dans le premier degré en 2026 ; or nous proposons, dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026, d'en supprimer 4 000. Il faut en effet, d'un côté, tenir compte d'une chute démographique réelle – et que personne ne peut nier – et, de l'autre, tenter de l'amortir, notamment pour la ruralité.
Certes, ce ne sont que des chiffres, mais ils disent quelque chose. Dans le premier degré, nous avons l'habitude d'exprimer les choses sous la forme du ratio – dit P/E – du nombre de professeurs pour 100 élèves. Dans la Creuse, ce rapport s'établit, pour la rentrée 2025, à 7,79, contre 6,15 au niveau national ou 6 pour l'académie de Versailles.
Contrairement à ce qu'on lit parfois, les territoires ruraux ne sont pas défavorisés : 30 % des écoles sont implantées en milieu rural alors que 18 % des élèves seulement y habitent. L'effort en faveur de la ruralité est donc indéniable. Cependant, lorsqu'on est confronté à la situation que j'ai décrite, mécaniquement des enfants manquent dans certaines classes et nous sommes contraints d'en fermer – et parfois, malheureusement, de fermer des écoles, ce qui est un déchirement pour tout le monde.
Face à cela, je propose d'abord de généraliser les observatoires des dynamiques rurales à l'ensemble du territoire national – une décision sera prise cette semaine en ce sens – afin que, partout, les préfets et les directeurs académiques des services de l'éducation nationale puissent discuter avec les élus des réalités démographiques sur les trois, cinq ou idéalement dix prochaines années, et traiter parallèlement la question des transports. Il est clair que l'école est un élément d'aménagement du territoire et qu'il faut en tenir compte dans ce qu'on décide – soit de laisser ouvert, soit de recalibrer, soit hélas de fermer.
S'agissant des fermetures de classes ou des moyens distribués dans la Creuse à la rentrée 2026, je ne les connais pas. D'abord parce que, à ce stade, je n'ai pas de budget. Certes, je serai en mesure, dans quelques jours et sur la base d'un budget prévisionnel, de dire ce qu'on peut attribuer aux différentes académies. Mais la répartition se fait ensuite, entre les différents territoires, à l'intérieur de chaque académie – c'est un système très déconcentré, contrairement à ce qu'on croit. Je ne peux donc pas répondre précisément à votre question concernant le nombre de classes potentiellement touchées dans la Creuse. En revanche, je peux vous assurer que nous poursuivrons l'amélioration du taux d'encadrement et que cela se fera dans le cadre d'un dialogue nourri avec les élus.
Enfin, puisque vous évoquez la transmission agricole, j'appelle votre attention sur un point positif : depuis deux ans, nous avons réussi à inverser la tendance et à faire en sorte que de plus en plus d'élèves demandent à être orientés en voie agricole à la fin de la classe de troisième – ce n'était plus arrivé depuis vingt ans.