Nicolas RayLes professionnels de santé bénéficient d'exonérations fiscales importantes s'ils s'installent dans une commune classée en zone France ruralités revitalisation, les anciennes zones de revitalisation rurale. Ils sont totalement exonérés d'impôt sur le revenu et d'impôt sur les sociétés pendant les cinq premières années, puis de manière dégressive pendant les trois années suivantes. Ce dispositif, initialement destiné aux seules entreprises, a été élargi aux professionnels de santé pour les inciter à s'installer dans les territoires ruraux.
Or le système actuel crée une distorsion de concurrence entre les territoires et désavantage fortement les déserts médicaux qui ne sont pas situés en zone de revitalisation rurale. Je pense notamment aux villes moyennes où la population à soigner est forcément plus importante du fait de leur centralité. C'est le cas de l'agglomération de Vichy, qui n'est pas située en ZRR pour des raisons de densité démographique et où les difficultés d'accès aux soins sont plus marquées que dans le reste du département de l'Allier. Selon les chiffres de l'agence régionale de santé, on dénombre 1 510 patients par médecin dans l'agglomération vichyssoise, contre 1 308 en moyenne dans le département de l'Allier. Ce ratio pourrait se dégrader à 2 392 en 2029 en raison de nombreux départs en retraite de médecins, puisque 50 % des médecins généralistes installés dans cette agglomération ont plus de 65 ans. Aujourd'hui, les médecins ont beaucoup moins intérêt à s'installer dans les zones urbaines, puisque aucune exonération fiscale n'est prévue. La majorité des médecins vont s'installer en périphérie, en zone rurale, obligeant les patients à faire plusieurs dizaines de kilomètres pour aller se faire soigner.
Cet exemple démontre l'incohérence du dispositif : les exonérations fiscales ne s'appliquent pas dans les lieux où les besoins sont parfois les plus forts. Le périmètre des FRR ne correspond pas aux déserts médicaux. Il est urgent de modifier cette politique d'incitation mal calibrée, qui détourne des moyens publics des zones les plus en difficulté et qui contribue, au lieu de résorber les déserts médicaux, à les déplacer, voire à les aggraver. Cette situation incohérente a été relevée par la Cour des comptes et, selon mes informations, une mission des inspections générales des affaires sociales et des finances est en cours pour trouver des solutions.
Quand déciderez-vous de sortir les professions médicales du dispositif FRR pour créer un dispositif spécifique dans lequel les exonérations fiscales seraient ouvertes à tous les déserts médicaux ? Quand ferez-vous coïncider les différents zonages pour que les dispositifs d'exonération fiscale bénéficient à l'ensemble des territoires, ruraux comme urbains, qui manquent tous cruellement de médecins ?