Aurélien Taché« Une société qui renonce à prendre en charge sa jeunesse et à la doter des outils d'une promotion optimale enterre son propre avenir. C'est une société suicidaire. » Cette citation du célèbre historien burkinabé Joseph Ki-Zerbo résonne en chacun de nous.
En Martinique, l'insertion est devenue un mot vidé, épuisé, un leurre que l'on agite sans vraiment y croire pendant qu'une grande partie de la jeunesse martiniquaise demeure dans le désespoir. Stages sans lendemain, contrats précaires à répétition, formations qui forment… au chômage : l'État parle d'accompagnement mais organise l'oisiveté. Il parle d'opportunités mais installe la dépendance.
Pendant ce temps, le chômage des jeunes reste massif, le RSA devient une étape normale d'entrée dans la vie d'adulte et nos forces vives s'exilent, non par choix mais en raison d'une absence cruelle de perspectives.
En conclusion de la lecture du rapport officiel du Conseil d'orientation des politiques de la jeunesse, publié en juillet 2025, on arrive d'ailleurs à une affirmation lapidaire : jeunes ultramarins, jeunes ultra-oubliés. Mon collègue Jean-Philippe Nilor ajouterait : jeunes ultra-sacrifiés.
En Martinique, quarante homicides, dont trente-quatre par arme à feu, ont été commis en 2025. L'escalade se poursuit malheureusement cette année. Le fond du problème, c'est que les politiques standardisées, déconnectées, ne sont pas adaptées à ce territoire car elles sont conçues ailleurs pour faire face à d'autres réalités. Elles permettent de gérer la pauvreté mais pas de construire de réelles perspectives ; elles donnent aux jeunes la possibilité de s'occuper mais pas de se projeter.
Or la jeunesse martiniquaise ne manque ni de potentiel, ni de talent, ni de volonté. Elle manque de cadre, de repères, d'exigence accompagnée et de vraies passerelles vers l'emploi. Loin de prendre la mesure de cette triste réalité, l'État semble au contraire se contenter des seuls résultats du RSMA, le régiment du service militaire adapté, et s'attaque à tous les dispositifs ou structures d'accompagnement, d'éducation et d'insertion au point de compromettre l'avenir des missions locales, qui ont pourtant depuis longtemps tiré la sonnette d'alarme.
La question de M. Nilor est simple et repose sur une proposition concrète : pourquoi aucun territoire dit d'outre-mer ne dispose-t-il à ce jour d'un Epide, un établissement pour l'insertion dans l'emploi, alors que ce dispositif a fait ses preuves par ailleurs pour remobiliser des jeunes en rupture, pour redonner discipline, qualification, confiance et trajectoire professionnelle ? Mon collègue vous avait signalé, madame la ministre des outre-mer, que la mission locale de l'espace Sud Martinique défendait d'ores et déjà ce projet.
Dans un territoire confronté au décrochage, à la perte de repères et à un chômage structurel des jeunes, un Epide constituerait un outil de reconstruction sociale autant que professionnelle.
Êtes-vous donc prête à vous engager sur la création d'un Epide en Martinique, doté de moyens pérennes, pour offrir à notre jeunesse autre chose qu'un parcours d'attente : un véritable chemin vers l'emploi, la dignité et l'émancipation ? La jeunesse martiniquaise ne demande pas la charité mais une place, une vraie. Notre responsabilité est de la lui donner.