Guillaume LepersLa situation des hôpitaux de Lot-et-Garonne se dégrade chaque jour davantage. Cela m'inquiète, comme cela inquiète les soignants et les habitants de notre département. Depuis quelques mois, le pôle de santé Vallée-du-Lot, qui intègre notamment l'hôpital de Villeneuve-sur-Lot, s'est rapproché du centre hospitalier d'Agen-Nérac pour permettre plus d'efficacité et préserver l'offre de soins. Malheureusement, deux patients malades n'en font pas un en bonne santé – et le troisième, celui de Marmande, ne va pas très bien non plus.
La désertification médicale est une réalité vécue au quotidien par nos concitoyens dans des territoires comme le mien. Dans ma circonscription, près d'un tiers des patients n'ont plus de médecin traitant. Quel autre choix les habitants du territoire ont-ils que de se tourner vers l'hôpital, dernier lieu où l'on trouve encore quelques médecins ?
La défense des établissements hospitaliers n'est pas une posture, c'est une nécessité vitale. Nos hôpitaux sont le dernier recours, le dernier phare, mais ils sont confrontés à une crise du recrutement médical parce qu'ils ne disposent pas de leviers suffisants, notamment sur le plan financier.
Les rémunérations des praticiens hospitaliers sont plafonnées au même niveau partout. Et à rémunération égale, ils préfèrent souvent s'installer dans des secteurs plus attractifs, comme le littoral, ou dans de grandes agglomérations, où la pression est moindre puisque la médecine de ville est plus solide. Nous avons urgemment besoin de pouvoir disposer d'un critère financier différenciant, afin que, si les dynamiques locales ne suffisent pas, la rémunération puisse orienter le choix des médecins.
Grâce au travail conjoint de l'État, des ARS, les agences régionales de santé, et de l'assurance maladie, nous disposons de cartes très précises des zones sous-denses en médecine générale, avec un classement en fonction de la gravité de la situation. Ce dispositif ne pourrait-il pas être utilisé pour déterminer des zones où les établissements de santé seraient autorisés à verser à leurs praticiens un complément de rémunération ? Cela renforcerait leur attractivité, préserverait leur offre de soins et leur permettrait de continuer à répondre, tant bien que mal, aux besoins médicaux de la population.
Ce sujet est devenu, au fil des ans, une préoccupation majeure pour l'avenir de nos territoires. En effet, lorsqu'une famille n'a plus de médecin traitant, qu'elle doit faire 150 kilomètres pour voir un dermatologue ou un ophtalmologue et que le 15 est saturé, elle quitte le territoire. Nous avons besoin de réponses concrètes, fortes, immédiates, pour que la désertification médicale ne se transforme pas, demain, en désertification rurale.