Yannick MonnetNous avons célébré, l'an dernier, le 20e anniversaire de la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, dite loi sur le handicap. Celle-ci a permis l'inclusion des élèves en situation de handicap au sein des établissements scolaires, grâce notamment à la mission dévolue aux AESH, les accompagnants d'élèves en situation de handicap.
Pourtant, vingt ans après, nous constatons non seulement de réelles lacunes sur le terrain, mais surtout une situation qui se dégrade. Je suis régulièrement sollicité, en tant que député, par des parents d'élèves de ma circonscription confrontés à l'absence d'accompagnement pour leur enfant, malgré les notifications de la maison départementale des personnes handicapées.
Dans le département de l'Allier, on évalue à quatre-vingt-cinq le nombre de notifications de la MDPH qui ne sont pas satisfaites : ce sont donc quatre-vingt-cinq enfants qui devraient bénéficier d'une AESH, mais qui n'en bénéficient pas, faute d'un recrutement suffisant. Les services locaux de l'éducation nationale sont donc amenés à effectuer un véritable bricolage pour gérer la pénurie, parfois au jour le jour.
Quelques exemples bien réels, issus de ma circonscription, peuvent étayer mon propos. Je veux vous parler du petit Nathan, qui a vu son AESH lui être brutalement retirée, du jour au lendemain, pour l'affecter en urgence dans une école voisine, en remplacement d'une AESH en arrêt maladie.
Je veux vous parler du petit Maxim qui ne peut aller à l'école que ponctuellement, quelques matinées par semaine, selon les disponibilités des AESH des autres enfants de l'école, et qui pleure lorsqu'il est obligé, avec sa mère, de rebrousser chemin devant les grilles de l'école et de rentrer à la maison.
Je veux vous parler de la petite Lyna, qui doit absolument éviter le moindre choc et qui, faute d'AESH, n'est scolarisée que deux heures par jour, sa mère venant la chercher chaque jour au moment de la récréation.
Je veux vous parler du petit Jude, privé d'AESH, dont la grand-mère est obligée de jouer bénévolement ce rôle, à la place de l'éducation nationale, deux matinées par semaine.
Je veux vous parler de ces agents municipaux quasiment obligés de faire valoir leur droit de retrait pour obtenir l'accompagnement par son AESH, à la cantine, d'un enfant handicapé, comme le prévoit pourtant la loi depuis 2024.
Tous ces exemples – et il y en a bien d'autres – sont des cas concrets, même s'ils sont minimisés et parfois presque niés par les services locaux de l'éducation nationale. Et les problèmes posés risquent d'être encore plus aigus si, comme c'est annoncé dans le cadre de la prochaine carte scolaire, de nouvelles suppressions de postes viennent alourdir les effectifs de chaque classe, rendant encore plus difficile le travail des enseignants en l'absence d'AESH.
Imagine-t-on la détresse des parents et les conflits provoqués par cette situation, parfois au sein même de l'école ? Doit-on accepter cette double ou triple peine infligée aux enfants ?
Je rencontre des parents décidés aujourd'hui à aller en justice pour obliger l'éducation nationale à respecter la loi. Et la jurisprudence existe, comme l'illustre l'ordonnance du 4 juin 2021 du tribunal administratif de Nantes, qui a enjoint au recteur d'académie de respecter, dans un délai de huit jours, les prescriptions de la MDPH.
Ma question est simple : que comptez-vous faire pour que chaque enfant en situation de handicap puisse être accompagné dans sa scolarité, conformément à la loi votée il y a plus de vingt ans ?