Stéphane PeuPrésentée comme un progrès, la dématérialisation des services publics s'est transformée en quelques années à peine en un obstacle insurmontable pour plus d'une personne sur deux. Comme le souligne une récente étude du Défenseur des droits, elle constitue même une atteinte massive aux droits des étrangers.
Depuis 2017, je n'ai cessé d'alerter au sujet des dysfonctionnements systémiques rencontrés par les usagers du service des étrangers en Seine-Saint-Denis : plateformes numériques inaccessibles, rendez-vous introuvables, délais d'instruction interminables, absence totale de recours humain. Les conséquences peuvent se révéler très graves : livrés à eux-mêmes, des milliers d'hommes et de femmes voient leur droit au séjour remis en cause, leur contrat de travail suspendu, le versement de leurs prestations sociales interrompu. Dernièrement encore, je recevais le titulaire d'une carte de résident de dix ans, en CDI depuis quinze ans chez Enedis, licencié faute de renouvellement dans les temps de son titre de séjour ! En dépit des heures d'attente devant les préfectures, été comme hiver, rien ne change. Cette fabrique administrative de sans-papiers humilie des travailleurs, des familles entières, et dégrade l'image de nos services publics.
L'échec de cette dématérialisation ne s'arrête pas là : il a donné lieu à un lucratif marché de la misère. D'abord objet d'un marché noir, les rendez-vous en préfecture sont désormais promis par des entreprises légalement installées, faisant parfois de la publicité dans le métro, qui proposent des services d'accompagnement. Pour ces démarches censément gratuites, elles exigent – un comble – des sommes exorbitantes – jusqu'à 2 500 euros ! Dans ma circonscription, révèle l'Humanité de ce matin, elles prolifèrent : France Accès, Papiers en France et bien d'autres.
Madame la ministre, cette situation est intolérable. D'une part, comptez-vous vous saisir sans délai des recommandations du Défenseur des droits pour mettre fin aux dysfonctionnements de nos services publics, en particulier préfectoraux, garantissant ainsi aux usagers étrangers un accès effectif aux droits ? D'autre part, envisagez-vous d'interdire l'activité des entreprises qui exploitent la détresse administrative et ont fondé leur business sur ces mêmes dysfonctionnements ?