Romain TonussiMonsieur le ministre de l'intérieur, en octobre 2023, le président de la République annonçait en grande pompe la création progressive de 238 nouvelles brigades de gendarmerie d'ici à 2027. Cette annonce devait être une réponse à la dégradation continue des indicateurs de sécurité, notamment à l'explosion du nombre d'atteintes aux personnes.
Un an et demi plus tard, les chiffres publiés pour l'année 2025 devraient nous permettre de tomber d'accord sur un constat : en France, l'insécurité n'est pas seulement un sentiment, elle est une réalité – et cette réalité frappe avec une violence particulière certains territoires, dont le mien, le département des Bouches-du-Rhône. Le narcotrafic nous frappe de plein fouet ; c'est une métastase qui se répand dans les quartiers, contamine les zones périurbaines, finance la délinquance violente, installe une logique de terreur et pose un défi permanent à l'autorité de l'État.
Face à cette menace globale, nos forces de sécurité intérieure font preuve d'un dévouement exemplaire. Toutefois, elles ne sont pas encore dimensionnées pour reprendre durablement le contrôle du terrain. Oui, la guerre contre le narcotrafic doit être menée, mais elle doit l'être à fond.
Parce que cette guerre suppose évidemment des outils répressifs renforcés, une justice qui puisse suivre le rythme, une protection réelle des forces de l'ordre et, naturellement, des moyens matériels adaptés, nous avons soutenu, en juin dernier, la loi contre le narcotrafic. Elle suppose aussi, et peut-être surtout, une présence humaine visible et permanente sur le terrain. C'est précisément le rôle des brigades de gendarmerie, qui doivent mailler nos territoires de la manière la plus serrée qui soit. Le plan de renfort annoncé en 2023 avait été salué par les habitants de ma circonscription. L'attente ainsi créée appelle de l'intransigeance et nous ne transigerons pas : ces promesses doivent être tenues, on ne peut pas décevoir les Français en la matière.
Les chiffres présentés dans le budget pour 2026 sont toutefois préoccupants : le schéma d'emplois prévoit 400 équivalents temps plein supplémentaires, alors que 456 seraient nécessaires pour permettre l'ouverture des 58 brigades annoncées cette année ; d'ici à 2027, ce sont 1 145 ETP qui doivent impérativement être ouverts pour atteindre l'objectif des 238 brigades supplémentaires. Convenez que le compte n'y est toujours pas. Chacun comprend que les difficultés s'accumulent.
L'annonce de nouvelles brigades de gendarmerie avait suscité un réel espoir à travers le pays, en particulier à Pélissanne, dans ma circonscription. Depuis, nous regrettons le manque de communication avec les acteurs de terrain – comme le manque de visibilité qu'elle entraîne. Pendant ce temps la délinquance, elle, continue de progresser ; elle s'enracine, de même que le sentiment d'abandon chez nos concitoyens.
On ne peut pas annoncer plus de sécurité puis couper l'image et le son. Ma question est donc simple et appelle naturellement une réponse précise : quand la brigade de gendarmerie de Pélissanne sera-t-elle opérationnelle, et avec quels effectifs ? Les habitants de ma circonscription n'attendent plus des annonces mais des actes. Ils attendent que l'État reprenne pied.