Eddy CastermanChaque année, les chasseurs prélèvent 900 000 sangliers, 90 000 cerfs et 570 000 chevreuils. Pourtant, chaque année, près d'une viande de gibier sur deux consommée en France est importée des États-Unis, de Nouvelle-Zélande ou d'Europe centrale. Pourquoi un tel paradoxe ? Parce que les chasseurs font face à l'une des réglementations les plus restrictives d'Europe, un carcan qui s'apparente à une véritable arme de dissuasion pour ceux qui souhaitent valoriser la venaison sauvage sur les marchés de gros ou auprès des commerces de détail.
Je rappelle qu'à peine 10 % du gibier sauvage prélevé en France sont écoulés dans les circuits de distribution officiels et que l'autoconsommation ne représente qu'un tiers des prélèvements. Le reste, soit près de la moitié du gibier sauvage, finit dans des circuits « gris », en dehors de toute traçabilité sanitaire. Comme pour l'agriculture, l'excès de normes favorise à la fois l'importation de gibier prélevé à des dizaines de milliers de kilomètres de chez nous mais aussi le maintien de circuits de distribution dépourvus de toute traçabilité sanitaire.
Nous disposons d'une formidable marge de progression pour réduire à la fois la part des circuits « gris » mais aussi les importations et les gaspillages. Mais, pour cela, il faut agir au plus près des chasseurs et accompagner les initiatives lancées pour favoriser le développement d'un réseau de collecte, de production et de distribution de viande de gibier en circuit court.
À ce titre, la réglementation applicable aux ateliers de transformation du gibier non agréés, qui s'inscrit dans le cadre de l'expérimentation de découpe en six morceaux, impose des exigences trop proches de celles des établissements agréés mais aussi un plan de maîtrise sanitaire beaucoup trop lourd et des contraintes matérielles qui dépassent très largement les capacités techniques, financières ou encore humaines de ces structures de proximité. Résultat : dans les quinze territoires d'expérimentation, seuls trois ateliers sont pleinement opérationnels.
Pourtant, il existe en France un système de dérogation pour les établissements d'abattage non agréés de viande domestique, dit abattage à la ferme. Pourquoi ne pas étendre cette dérogation à la production et à la vente de gibier sauvage dans un rayon inférieur à 80 kilomètres et alléger ainsi le fardeau réglementaire des chasseurs ? Le gouvernement va-t-il modifier en ce sens l'arrêté du 26 juin 2024 et l'instruction technique de la direction générale de l'alimentation ? Enfin, plus généralement, quelle est votre stratégie pour développer une filière de gibier en France ? Quelle est votre position, par exemple, sur le soutien des établissements de traite de gibier au titre du plan d'investissement France 2030 ou encore sur la reconnaissance du label Gibier de France dans les marchés publics de la restauration collective ? La France des chasseurs a tous les atouts pour remettre à l'honneur le gibier sauvage dans les assiettes des Français. Elle n'attend plus que le soutien du gouvernement pour y arriver.