Christophe ProençaOn juge une société à la façon dont elle protège ses membres les plus vulnérables – parmi eux, il y a nos enfants. La protection de l'enfance n'est pas un sujet technique ou secondaire. C'est un révélateur de nos fractures sociales, de nos renoncements collectifs, et parfois de nos silences. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En France, le nombre d'enfants confiés à l'aide sociale à l'enfance n'a cessé d'augmenter : 115 000 en 2002, plus de 200 000 aujourd'hui. C'est le cas aussi dans le département du Lot : on en comptait 231 en 2002, 386 en 2019 et 586 fin 2023. Trois ans plus tard, la tendance est encore à une forte progression de ces détections.
Ces enfants ne sont pas des statistiques. Ce sont des prénoms, des visages, des parcours de vie souvent marqués par la violence et la précarité. Cet accroissement peut s'expliquer par une meilleure détection des violences intrafamiliales, désormais davantage signalées qu'avant le covid, mais elle ne suffit pas à rendre compte de ce qui constitue une véritable épidémie, également mise en lumière par le renforcement des dispositifs d'accompagnement, d'accueil et d'écoute.
Je tiens d'ailleurs à saluer le travail qui est fait par les acteurs mobilisés, tels que les services du département du Lot et leurs assistantes sociales mises à disposition auprès des gendarmeries lotoises, qui contribuent activement à cette hausse des signalements.
La protection de l'enfance est une crise invisible, elle ne peut être pensée uniquement comme une réponse d'urgence. Aujourd'hui, l'ensemble des parties prenantes est mobilisé pour faire face à la situation. Pourtant, à force de répondre à l'immédiat, nous risquons de négliger la mise en place d'une véritable politique de prévention.
Comment pourrions-nous collectivement – État, conseils départementaux, professionnels, familles et société tout entière –mener une analyse en profondeur et une réflexion non partisane sur les causes réelles de l'augmentation du nombre d'enfants en danger et construire une politique de prévention véritablement transversale, qui considère l'enfant dans toutes ses dimensions – familiale, sociale, éducative, psychologique et sanitaire – afin d'agir en amont, plutôt que toujours plus tard ?