Zahia HamdaneVotre gouvernement a déclaré que la santé mentale était la grande cause nationale de l'année 2025. L'usage de l'expression « santé mentale » me pose un problème. Pourquoi ? Parce que vous pouvez y mettre ce que vous voulez : le mal-être, le stress, les addictions, mais aussi la schizophrénie ou la bipolarité. C'est très pratique ; cela vous permet de dire : « Regardez, on agit ! », de vous contenter d'apporter des solutions comme des plateformes téléphoniques ou le dispositif Mon Soutien psy. Ce sont des réponses superficielles, adaptées aux seuls troubles légers, et elles ne fonctionnent même pas !
Pendant ce temps, cela vous donne un prétexte pour cesser de financer la psychiatrie lourde et les centres médico-psychologiques : vous nous dites que vous mettez l'argent ailleurs.
Dans cette affaire, tout le monde est perdant. Prenons l'exemple de votre mascotte : Mon Soutien psy.
Avec ce dispositif, vous ne réglez aucun problème, vous en créez. Le montant de la consultation dans le cadre de Mon Soutien psy s'élève à 50 euros ; pour un acte pratiqué en CMP, c'est environ le double, car cela mobilise toute une équipe – des infirmiers, des médecins, des psychologues. Dès lors, que font les agences régionales de santé ? Elles cessent de financer certains services en CMP, avec l'excuse facile, un peu sous-entendue, consistant à dire que l'argent est mis ailleurs : dans Mon Soutien psy. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est la convergence des psychologues en lutte dans sa lettre ouverte du 10 novembre 2025, à laquelle Mme la ministre n'a d'ailleurs pas répondu.
C'est d'autant plus scandaleux que les 170 millions d'euros de ce dispositif permettraient de créer pas moins de 4 000 postes de psychologues dans le secteur public.
Cerise sur le gâteau, comme l'hôpital public n'a plus de place – étant donné que vous n'y mettez pas les moyens –, les patients souffrant de troubles lourds se rabattent sur Mon Soutien psy alors même que ce dispositif n'est pas fait pour eux. Un tiers des patients y ont recours pour des pathologies lourdes, simplement parce que le service public est saturé.
Et même pour les personnes souffrant de troubles légers, soit son public cible, Mon Soutien psy ne marche pas : 50 000 patients n'ont jamais dépassé la première séance ; la moyenne est de 4,8 rendez-vous par patient, alors qu'on conseille généralement une dizaine de séances pour voir un vrai changement.
Les psychologues boycottent le dispositif, d'abord parce que les tarifs sont trop bas par rapport au secteur libéral, mais surtout parce que ce sont des consultations privées : ils n'ont donc pas l'appui d'une équipe, comme c'est le cas, je le répète, dans les CMP avec des psychiatres, des infirmiers ou des travailleurs sociaux. Le psychologue exerce seul : il refuse donc logiquement de suivre des patients atteints de troubles sévères sans un vrai cadre thérapeutique sécurisé et collectif.
À cela s'ajoute le fait que les psychologues du dispositif ne prennent souvent plus de nouveaux patients ; les thérapies d'orientation psychanalytique sont très souvent proposées, alors que certains patients auraient besoin d'autres types de suivi, et il faut toujours avancer les frais – les plus précaires sont, encore une fois, exclus.
Monsieur le ministre, je vous ai prouvé que votre slogan sur la santé mentale était de la pure communication, un terme fourre-tout, de la novlangue. Je vous ai fait la démonstration que Mon Soutien psy ne fonctionne pas et qu'il vous sert de paravent pour vous désengager de l'hôpital public. Ma question est donc la suivante : comptez-vous réévaluer ce dispositif au profit d'un réinvestissement massif dans la psychiatrie publique afin de garantir des soins adaptés, gratuits et durables pour tous ?