Thomas PortesUne école publique ferme chaque jour dans notre pays depuis quarante ans, alors que le nombre d'élèves reste stable sur la même période. Voilà le résultat de la logique de prétendue rationalisation libérale.
En Seine-Saint-Denis, dans le département le plus jeune de France, la Macronie ferme des classes à chaque rentrée scolaire. Au collège Honoré-de-Balzac de Neuilly-sur-Marne, la fermeture de deux classes a été annoncée. Dans cet établissement, la note moyenne des élèves aux épreuves écrites du brevet ne dépasse pourtant pas 8,2/20. Moins de 40 % d'entre eux atteignent 8/20 en français et en mathématiques. L'établissement vient d'être intégré au Plan 800 collèges contre l'échec scolaire. Voilà bien la politique du « en même temps » : désigner une école comme prioritaire tout en augmentant ses effectifs pour les porter à vingt-neuf élèves par classe, contre une moyenne européenne s'établissant à vingt et un élève par classe.
Après des semaines de mobilisation des parents d'élèves et des professeurs ainsi que plusieurs interpellations du rectorat, aucune solution satisfaisante n'a été trouvée. Je me tourne donc vers vous, monsieur le ministre : vous engagez-vous à maintenir ces deux classes au collège Honoré-de-Balzac, qui sont essentielles aussi bien pour les enseignants que pour les élèves ?
À Noisy-le-Grand aussi, j'ai tiré la sonnette d'alarme à de nombreuses reprises sur la situation à la maternelle Joliot-Curie. Des enfants de 3 à 5 ans ont vu passer dix enseignants différents en un an. L'année dernière, ils sont restés plusieurs mois sans cours, quand ils n'étaient pas entassés dans des classes comptant jusqu'à quarante-cinq élèves. Pleurs, anxiété, troubles du sommeil, décrochage progressif : la détresse de ces enfants est le résultat de vos politiques de destruction de l'école publique.
À Neuilly-Plaisance, autre école maternelle, même problème. À l'école Victor-Hugo, une enseignante est absente depuis près de quatre mois, toujours sans remplacement. Les cours se donnent à quarante enfants par classe, contre une moyenne de dix-neuf élèves dans le premier degré pour les autres pays européens membres de l'OCDE. À la rentrée 2025, la fermeture d'une classe avait déjà dégradé les conditions d'apprentissage. Après l'alerte donnée par la communauté éducative, après avoir interpellé le rectorat, je m'adresse à vous monsieur le ministre : ferez-vous durablement remplacer cette enseignante absente ?
En Seine-Saint-Denis, les remplacements durables sont devenus l'exception, l'absence de cours la norme. Un élève du département perd plus d'un an de scolarité du fait du non-remplacement des professeurs : l'école de l'inégalité des chances.
Allez-vous – comme nous vous le demandons – renforcer et mutualiser les brigades de remplacement avec les départements limitrophes, puisque celle de notre département est structurellement insuffisante ?
Classes surchargées, absence d'adultes encadrants, salles trop petites, bâtiments mal isolés et vétustes, présence de nuisibles… pour les élèves de Seine-Saint-Denis, les politiques d'austérité mettent toutes les chances du côté de la précarité. La dégradation des conditions d'apprentissage de nos enfants donne lieu à des situations dignes de la science-fiction. À Noisy-le-Grand, la municipalité a distribué des vuvuzelas aux enseignants pour pallier le dysfonctionnement d'une alarme incendie. Cet hiver nos élèves apprenaient en gants et en écharpe, du fait de l'absence d'isolation et de chauffage des bâtiments.
Pour les 550 nouveaux élèves à accueillir l'année prochaine dans le département, seuls neuf postes sont prévus au lieu des trente-cinq qui seraient nécessaires au bon accompagnement des élèves. Il s'agit d'une conséquence directe de la suppression de milliers de postes d'enseignants décidée dans votre projet de loi de finances pour 2026 et sur laquelle nous n'avons pas pu voter.
Depuis mon élection il y a quatre ans, parents d'élèves et enseignants nous interpellent quasiment chaque semaine sur des problèmes dans les écoles publiques du département, pour lequel nous exigeons un plan d'urgence éducation. Il manque au moins 5 000 enseignants et 3 000 postes de vie scolaire, des accompagnants d'élèves en situation de handicap, des conseillers principaux d'éducation, des médecins scolaires et des psychologues pour accompagner les enfants, dont beaucoup sont en détresse.
Monsieur le ministre, vous et votre gouvernement financez la scolarité privée à hauteur d'au moins 12 milliards d'euros par an, dans la plus grande opacité, tout en consacrant, en moyenne, 2 300 euros de moins à un élève de Seine-Saint-Denis qu'à un élève parisien. Allez-vous continuer à soutenir le séparatisme scolaire des plus riches, tandis que vous abandonnez les élèves les plus défavorisés ?