Jean-Victor CastorEn novembre dernier, je donnais déjà l'alerte sur la situation économique dramatique de la Guyane. Cinq mois plus tard, rien n'a changé ; pire, la situation s'aggrave.
La réponse du gouvernement reposait alors sur ce que j'appellerais une anesthésie par les chiffres. Vous évoquiez une croissance du PIB de 27 % sur dix ans. Mais de qui parle-t-on ? Certainement pas des Guyanais, car cette croissance est largement portée par le secteur spatial, dont les retombées restent très limitées pour l'économie locale et dont le modèle fiscal et économique – compte tenu notamment de sa contribution réelle aux ressources du territoire – interroge.
Pendant ce temps, plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Le PIB par habitant ne représente que 42 % de celui de l'Hexagone et 38 % de nos concitoyens subissent une privation sévère, contre 7 % en métropole. Votre croissance ne ruisselle pas : elle contourne le peuple.
Vous présentiez la jeunesse comme une chance. Comment pouvez-vous prétendre une chose pareille quand plus d'un tiers de nos jeunes ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études, quand le chômage progresse pour atteindre plus de 17 % et, surtout, quand près de 41 % des travailleurs guyanais ont exercé au moins une fois une activité informelle ces deux dernières années, preuve que l'économie de survie est devenue la norme ?
La réalité est que notre économie a déjà décroché. Le tissu économique s'effondre. On enregistre une hausse de 128 % du nombre des entreprises en difficulté et celui des liquidations explose ; le secteur du BTP est asphyxié ; les retards de paiement s'accumulent et l'accès au crédit est bloqué. Les ménages sont à bout de souffle : le nombre des dossiers de surendettement a augmenté de 9,3 % en 2025, après une hausse de près de 25 % en 2024.
Face à cela, vous ne proposez aucune réponse structurelle, aucune rupture, aucune décision forte. J'avais demandé la mise en place d'une cellule de crise réunissant l'ensemble des acteurs économiques, l'État, les collectivités, les banques, les assurances, l'Urssaf, les caisses sociales. Cinq mois plus tard : rien. Pourquoi cette inaction ? Pourquoi laisser mourir le tissu économique guyanais, déjà fragile ?
Vous avez également esquivé la question du statut d'autonomie. Elle est pourtant centrale. La Guyane reste enfermée dans un cadre juridique inadapté, fondé sur l'identité législative, qui empêche toute politique économique adaptée aux réalités du territoire. Tous les rapports le confirment depuis trente ans.
Juste à côté de nous, le Guyana connaît une croissance spectaculaire grâce à l'exploitation de ses ressources naturelles. Les revenus du pétrole y sont réinvestis au bénéfice du pays, permettant l'aménagement du territoire et structurant l'économie. Nous, nous sommes empêchés d'exploiter nos propres ressources et de décider pour nous-mêmes, maintenus sous cloche dans une économie de dépendance favorisant les oligopoles de l'importation. Nous voulons sortir de cette économie de comptoir pour construire un développement endogène, maîtrisé et planifié au service des Guyanais.
Quand prendrez-vous des mesures d'urgence pour sauver ce qui reste de nos entreprises locales ? Quand lancerez-vous un plan de développement fondé sur l'accès, la maîtrise et la valorisation de nos ressources naturelles ? Dépêcherez-vous enfin une mission ministérielle dotée de moyens réels et d'un mandat clair pour constater la gravité de la situation et engager sans délai des mesures concrètes adaptées aux réalités de notre territoire ? J'attends, s'il vous plaît, que vous me répondiez sans détour.