Jean-Hugues RatenonMa question s'adresse à la ministre des outre-mer.
En mars 1946, les anciennes colonies sont devenues des départements français. Mais quatre-vingts ans après, les outre-mer continuent d'accumuler les retards en matière de conditions de vie et de lutte contre les exclusions.
Pire encore, l'étude publiée par l'Institut d'émission des départements d'outre-mer au mois de mars montre clairement un recul. Il a été établi qu'en 2025, le le nombre de dossiers de surendettement avait augmenté de plus de 20 %, après une hausse de plus de 75 % en dix ans.
Ce sont toujours les mêmes qui paient le prix fort : les femmes, qui représentent 64 % des surendettés, les familles monoparentales, les foyers déjà fragilisés par la pauvreté, le chômage ou un accident de la vie.
Les gens vivent tellement au jour le jour et sont si fragiles que la bascule dans le surendettement est toujours proche.
On s'endette pour payer le loyer, l'électricité, les factures, parfois même pour se nourrir. L'Iedom souligne d'ailleurs la forte progression des dettes de charges courantes et une explosion des dettes d'énergie. Se déplacer est presque devenu un luxe et l'on s'endette aussi pour aller travailler.
Pendant ce temps, les prix restent plus élevés dans les outre-mer. La vérité, c'est que le cumul de la vie chère, de bas salaires et d'une protection insuffisante fabrique du surendettement. Du stress, de la maladie, de la violence, de la misère.
À qui la faute, madame la ministre ? Aux gouvernements, de droite comme de gauche, qui se sont succédé depuis la départementalisation. Votre inaction fait de vous une complice du sur-drame que vivent nombre de familles surendettées.
À vrai dire, la France n'a pas désactivé son logiciel colonial et continue à traiter les outre-mer comme des territoires à part de la République. Pourtant, la créolisation dans le temps de nos peuples constitue une batarsité et une richesse, malheureusement abîmées par une pauvreté organisée par l'État français, qui instaure – inconsciemment, sûrement – une forme d'apartheid social entre la France continentale et la France des océans.
Combien de temps encore le gouvernement laissera-t-il les familles ultramarines sombrer ? Quelles mesures immédiates et structurelles compte-t-il prendre pour remédier réellement à ses manquements et protéger nos populations ?