Eva SasVous le savez, les parents d'élèves de l'école publique sont mobilisés à Paris contre les 172 suppressions de postes prévues, ainsi que contre le manque d'AESH, le non-remplacement des professeurs absents et le manque de médecins scolaires. Ces parents sont plus qu'inquiets ; ils sont exaspérés par l'inaction du gouvernement face à la concurrence aiguë de l'enseignement privé, qui pourrait conduire à ce que la moitié des élèves parisiens de sixième soient scolarisés dans le privé d'ici à 2035.
La conséquence est le recul de la mixité sociale, puisque 55 % des élèves issus de classes sociales très favorisées sont déjà inscrits dans des écoles et des collèges privés. Le risque, à terme, est la rupture de l'égalité des chances entre les enfants de la République. Or nous constatons que le gouvernement encourage de fait la fuite vers le privé en privant de moyens l'école publique.
Certains programmes qui renforcent l'attractivité de l'école publique, comme le dispositif Emile – Enseignement d'une matière intégré à une langue étrangère –, qui permet l'apprentissage précoce de l'anglais et qui est notamment proposé à l'école Léonie-Wanner, dans ma circonscription, ne disposent pas des ressources nécessaires pour fonctionner pleinement et se limitent, dans cet établissement, au seul niveau CP.
Plus grave encore : le manque d'AESH et les difficultés de remplacement des professeurs absents, que j'ai pu constater à l'école d'Artagnan ou au collège Oeben. Au collège Courteline, le dispositif Devoirs faits a dû être momentanément suspendu, faute de budget pour rémunérer les heures supplémentaires. Autant de défaillances qui poussent les parents à scolariser leurs enfants dans le privé.
Je souhaiterais également vous alerter sur trois points.
D'abord, le caractère inopérant de l'indice de position sociale pour le classement en éducation prioritaire à Paris. Les inégalités de revenus y sont particulièrement élevées et l'IPS, étant une moyenne, ne rend compte ni de la proportion d'élèves issus de familles très défavorisées ni des situations sociales particulières, comme celle des enfants vivant en foyer d'hébergement d'urgence ou des enfants de forains. C'est le cas pour les écoles du 52 rue de Wattignies ou du 315 rue de Charenton, où des fermetures de classes sont prévues à la rentrée 2026.
Ensuite, je déplore le manque de moyens associés aux établissements classés Cappe – Convention académique pluriannuelle de priorité éducative. Ce statut reconnaît une fragilité sociale mais n'accorde aucun moyen supplémentaire, alors que la proportion d'enfants issus de familles défavorisées atteint 39 % à l'école Robert-Jean-Longuet et 44 % à l'école Léonie-Wanner, où des fermetures de classes sont, là aussi, programmées.
Enfin, les fermetures de classes en réseaux d'éducation prioritaire, comme à l'école Maryse-Hilsz ou Davout, sont incompréhensibles vu les effectifs, qui atteignent déjà vingt-six ou vingt-sept élèves par classe.
Dès lors, monsieur le ministre, comptez-vous revoir les projets de fermeture de classes à la lumière des fragilités que je viens d'exposer ? Quels moyens allez-vous dégager pour les AESH, le remplacement des professeurs absents et la médecine scolaire ? Plus généralement, quelles actions le gouvernement compte-t-il engager pour faire face à la concurrence du privé à Paris ?