Jean-Paul LecoqDepuis le 1er mai, pour traverser la Seine par le pont de Tancarville, long de 1 420 mètres, ou le pont de Normandie, long de 2 141 mètres, les usagers doivent acquitter des taxes de pontage de, respectivement, 2,90 et 6,10 euros. Pour un aller-retour, nécessaire pour rentrer à la maison, il faut compter le double. Cette situation inique est unique puisqu'ailleurs, que ce soit à Caudebec-lès-Elbeuf, à Rouen ou à Paris, les ponts non autoroutiers enjambant la Seine sont gratuits.
Le concessionnaire de ces deux ouvrages, la chambre de commerce et d'industrie Seine Estuaire, justifie ces augmentations par le financement de leur remise en état, selon des exigences imposées par le propriétaire, c'est-à-dire l'État, avant la fin de concession, qui expire en 2031. Le coût des travaux est estimé à 275 millions d'euros. Pourtant, le concessionnaire dispose du produit des péages pendant toute la durée de la concession, notamment pour payer l'ensemble des frais de gestion et d'entretien des deux ponts, grosses réparations comprises.
Dès lors, il est anormal qu'il faille, à quatre ans de la restitution des ouvrages à leur propriétaire, une augmentation brutale des péages pour financer des travaux décrits par le concessionnaire comme « essentiels pour la sécurité et la longévité des ponts ». Les sommes nécessaires auraient dû être provisionnées par un prélèvement sur le produit des péages. Non seulement cela n'a pas été fait mais, en plus, la concession a dû être prolongée de 2027 à 2031 et les prix ont augmenté.
On voit donc que le modèle de la concession, qui repose uniquement sur la contribution des usagers, est inadapté. Il constitue une iniquité entre territoires et alimente le discrédit de la parole publique. En effet, les péages ont été justifiés publiquement à d'innombrables reprises par la nécessité d'amortir les coûts de construction des deux ponts, en 1959, sous l'autorité du général de Gaulle, pour celui de Tancarville, en 1995 pour celui de Normandie.
Les Normands ont plus que largement financé les ponts par leurs péages. Il est grand temps de mettre fin à cette contribution forcée. Le ministère des transports a d'ailleurs proposé d'en transférer le paiement vers les péages autoroutiers situés de part et d'autre du fleuve, de manière que les habitants de ses rives puissent traverser la Seine gratuitement.
La fin prochaine de la concession donne la possibilité de changer les choses. Depuis de nombreuses années, je soumets au ministère, avec de nombreux autres élus de l'estuaire, des solutions de remplacement de ces péages. Je souhaite m'assurer qu'il travaille dans ce sens, pour mettre fin aux péages réclamés aux habitants et aux acteurs économiques de la zone qui – si vous m'autorisez l'expression – ne veulent plus être les vaches à lait du concessionnaire d'ouvrages d'intérêt national majeur désormais amortis.