Hadrien ClouetQu'il s'agisse de papier toilette, de mouchoirs ou de livres , de nombreux produits requièrent de la pâte à papier provenant d'une seule entreprise française, Fibre Excellence.
Cette entreprise dispose de deux usines, l'une située à Saint-Gaudens, l'autre à Tarascon. Elles sont aujourd'hui toutes deux en voie de liquidation – ce qui veut dire que, d'une part, 670 salariés sont menacés dans leur emploi ; d'autre part, que 10 000 emplois indirects dans la filière risquent de suivre. Cela signifie aussi qu'une source d'énergie verte est en jeu, puisque ces usines chauffent des milliers de foyers à partir de copeaux de bois. Enfin, ce qui est aussi en jeu, outre la production stricto sensu, c'est l'indépendance nationale : si Fibre Excellence devait être liquidée, nous importerions de la pâte à papier canadienne et sud-américaine, à des prix fixés par leurs producteurs, au lieu d'utiliser un bois local.
Pourquoi un tel désastre ? Les actionnaires – dans le cas de Fibre Excellence, mais aussi de manière plus générale – ne pensent le monde et la production qu'avec une avance à très court terme. Ces derniers ont ainsi refusé le plan alternatif à 150 millions d'euros du gouvernement, pour éviter de ne mettre ne serait-ce qu'un centime dans la modernisation de l'équipement. Je pense donc, en accord avec l'intersyndicale, qu'il faut nationaliser cette entreprise et ses deux usines. Fibre Excellence est en effet sabotée par ses actionnaires indonésiens, qui n'attendaient qu'un prétexte pour retirer leurs billes et les placer dans un secteur plus profitable. La baisse du cours du dollar et les intempéries de cet hiver ont fourni ce prétexte. Il faut donc que l'État reprenne les choses en main.
Cela dit, l'entreprise est aussi sabotée par Bercy ! L'usine achète désormais l'électricité à un prix plus élevé que celui auquel elle la vend, puisque l'État a baissé les tarifs de rachat d'électricité par EDF. Il faut donc que l'État nationalise : il n'aura plus d'intérêt à ponctionner l'entreprise par ce double cours énergétique.
Il faut faire vite, car les deux sites sont déjà placés en chômage partiel. Or on perd chaque semaine de chômage partiel des qualifications, des compétences, et évidemment, des salariés, qui vont chercher un emploi ailleurs. Cela menace la pérennité de l'entreprise, y compris si une solution est trouvée. Je rappelle qu'une fermeture coûterait bien plus cher à la collectivité qu'un maintien de l'activité. Enfin, je me permets un trait d'humour, mais, s'il n'y a plus de papier, vous allez avoir du mal à faire vos cartons, ce qui arrivera bien un jour ! Je vous demande donc, monsieur le ministre, de bien vouloir recevoir l'intersyndicale. Il faut discuter avec l'ensemble des parties prenantes et examiner avec eux le projet de nationalisation défendu par l'ensemble des syndicats du secteur.