Sacha HouliéJe souhaite vous interroger sur le sort réservé aux étrangers en situation irrégulière et qui travaillent. En 2023, nous avions présenté deux dispositions législatives : l'une devait créer un droit opposable à la régularisation pour les étrangers en situation irrégulière justifiant de certaines conditions de temps de présence en France et d'une antériorité dans des fonctions de salarié, l'autre une autorisation de travail conditionnelle pour les demandeurs d'asile, dès que la demande est faite. Une seule mesure a été retenue, dans une loi de 2024, mais son application est peu flatteuse pour la France, puisque seuls 1 655 titres ont été délivrés au titre de la régularisation dans les métiers en tension, d'autant que la circulaire Retailleau, abrogeant de fait la circulaire Valls, a restreint les conditions de régularisation pour les salariés étrangers. Les directives, très suivies par les préfectures, sur l'admission exceptionnelle au séjour, conduisent à une baisse du nombre de titres délivrés : on en comptait 34 724 en 2023, contre 28 610 l'année dernière, évolution qui s'oppose à beaucoup de demandes de salariés ou d'organisations patronales.
Avec ce durcissement, des OQTF – obligations de quitter le territoire français – sont parfois délivrées à des salariés en poste, mettant les employeurs et leurs salariés dans des situations très difficiles. En parallèle, France travail a sonné l'alerte, dans son étude de 2026, sur la pénurie de main-d'œuvre croissante dans de nombreux métiers : les aides à domicile, les aides-soignants, les sages-femmes, l'ensemble des professions comprises dans la catégorie des ouvriers non qualifiés, mais également les médecins, dans les hôpitaux des villes comme des campagnes.
Dans les autres pays de l'Union européenne, qu'il s'agisse de l'Espagne, avec des régularisations massives, ou de l'Italie, avec des quotas très généreux pour l'immigration de travail – 160 000 titres par an, 500 000 sur trois ans –, le recours à ces salariés est massif ; même l'Allemagne vient d'autoriser les demandeurs d'asile à travailler après trois mois de présence sur le territoire.
Le problème se retrouve dans nos préfectures : les situations sont de plus en plus difficiles, le stock de demandes est très important, des récépissés tombent, des OQTF sont délivrées à des travailleurs.
Dans ces circonstances, je vous demande, non pas de régulariser tout le monde, mais d'au moins faciliter la régularisation des travailleurs étrangers, y compris quand ils sont en situation irrégulière, de donner des instructions pour qu'ils puissent travailler et continuer de rendre les services qu'ils rendent à la nation. Ne montrons aucune réserve puisque la loi « asile et immigration » prévoit depuis 2024, en cas de trouble à l'ordre public ou si le séjour n'était plus justifié, que ces titres puissent être révoqués. Quelles sont les mesures que le ministère de l'intérieur compte prendre pour répondre à cette demande ?