Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale. Je vous remercie pour cette question qui renvoie à un sujet qui est assez complexe : la réforme de la carte de l'éducation prioritaire.
Je suis le premier à dire, – et je le disais déjà d'ailleurs bien avant d'être ministre – que la réforme de la carte est une nécessité impérative parce qu'elle est aujourd'hui périmée. Si on appliquait nos critères actuels – ceux de la carte 2014 étant eux-mêmes un peu dépassés –, quasiment un quart des établissements qui en font partie aujourd'hui devraient sortir du dispositif REP et REP+, et autant y entrer. Cela veut tout de même dire qu'un quart des réseaux en sortiraient.
J'ai toujours considéré que la réforme de la carte devait respecter deux préalables techniques. Premièrement, celle-ci prend toujours entre quinze et dix-huit mois – en tout cas, mes prédécesseurs n'ont jamais su faire mieux, y compris dans les années 1980. Deuxièmement, il faut qu'elle ait lieu avant les campagnes de mobilité des professeurs pour que ces derniers puissent en tenir compte dans leur demande de mutation, soit pour rejoindre un réseau d'éducation prioritaire, sachant qu'il peut y avoir des effets d'attractivité, notamment liés aux indemnités ou aux conditions d'apprentissage, soit au contraire parce que leur établissement sortant du dispositif, ils pourraient choisir d'aller ailleurs. Il y a donc un principe de base : on ne change pas la règle du jeu pendant que les professeurs sont en poste, mais uniquement dans la perspective du mouvement, c'est-à-dire en novembre de chaque année, soit novembre 2027 si on prend un schéma de carte classique.
J'ai dit dès le départ, et je le confirme, qu'une réforme de la carte ne peut se faire quelque part entre janvier et juin pour la rentrée suivante et que je n'étais donc pas en capacité de la mener. J'ai ajouté que je respectais le débat démocratique : il y aura une élection présidentielle l'année prochaine où les programmes des candidats porteront peut-être aussi sur l'éducation prioritaire et en repenseront les critères, le périmètre, etc. Pourquoi pas ?
Cela étant dit, il y a bien ce que j'ai appelé des cas aberrants de l'éducation prioritaire, c'est-à-dire des établissements qui ne bénéficiaient d'aucun classement alors qu'ils avaient un indice de position sociale très faible. Ils n'étaient même pas en REP alors qu'ils auraient dû être en REP+.
Étaient concernés vingt-un collèges et soixante-onze écoles dont l'IPS était inférieur à 80, et pour lesquels j'ai pris une mesure en effet transitoire, puisqu'elle ne relève pas du système de l'éducation prioritaire, et qui comporte quatre éléments : une indemnité pour mission particulière versée pour les professeurs et les conseillers principaux d'éducation de quasiment 1 500 euros par an ; une bonification de mobilité identique à celle qui existe en éducation prioritaire ; un pôle médico-social complet à temps plein avec psychologue, un infirmier ou une infirmière et un ou une assistante sociale, et une attention renforcée sur le nombre d'élèves par classe ainsi qu'une possibilité de postes supplémentaires en primaire en fonction du projet pédagogique.
C'est très clairement une mesure transitoire, mais elle permet aux écoles et aux collèges concernés de bénéficier d'une amélioration assez nette, pas identique mais comparable sur un certain nombre de points à celle qui existe en éducation prioritaire. Dans la Loire, douze écoles et collèges sont ainsi concernés.
Je discute actuellement de l'aspect technique de la révision globale de la carte de l'éducation prioritaire afin que mes successeurs, quels qu'ils soient, en fonction des choix politiques qui seront les leurs, disposent d'un dossier techniquement ficelé afin d'enclencher les choses en 2027.