Geneviève Darrieussecq,
Ministère auprès du ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, chargé des personnes handicapées •
3 janv. 2023La législation en vigueur antérieurement à la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) 2020 prévoyait la possibilité pour la victime d'un accident du travail ou une maladie professionnelle (AT/MP) de demander la conversion d'une partie de sa rente sous forme de capital (rachat). Cependant, depuis la LFSS 2020, cette conversion d'une partie de la rente n'est plus possible. Cette règle de rachat partiel des rentes AT-MP en capital était problématique à deux égards. D'une part, elle complexifiait la compréhension globale du dispositif d'indemnisation, en combinant une part d'indemnisation qui ne pouvait en tout état de cause être versée qu'en rente et une part sur option en capital. De manière plus fondamentale, une telle règle se heurtait à la logique transversale à tous les risques de la sécurité sociale d'indemnisation sous forme de versement mensuel ou de rente et non en capital. Il convient en outre de rappeler que le taux de recours à la capitalisation de la rente demeurait relativement réduit pour les victimes d'AT-MP susceptibles d'en bénéficier : il se situait entre 11% et 15% selon les années (et sa diminution sur une longue période explique en grande partie la baisse des dépenses, de 37 à 30 M€ entre 2013 et 2017). Les taux de recours étaient en outre particulièrement faibles pour les victimes d'accidents graves ayant entraîné un taux d'incapacité permanente supérieure à 50% (7%) et les personnes de plus de 60 ans (5%). A l'inverse, les tranches d'âge de 20 à 39 ans se caractérisaient par un taux de capitalisation relativement important (24%). Or, c'est précisément pour cette population que l'avantage comparatif d'une indemnisation par la rente est le plus élevé, dans la mesure où la probabilité de modification de la situation de santé à l'avenir est plus forte et où le barème de rachat de rente (qui s'appuyait sur l'espérance de vie en 1954) leur était particulièrement défavorable. Le choix d'une indemnisation en rente est ainsi d'autant plus protecteur pour cette tranche d'âge. Aussi, la suppression du dispositif de rachat de rente apparaît comme une mesure protectrice des droits des victimes. Pour l'ensemble de ces raisons, il n'est donc pas prévu de rétablir le dispositif de rachat de rente.