Le ministère de la Justice est pleinement attaché à la réinsertion sociale et professionnelle des personnes placées sous-main de Justice. Les permissions de sortir à caractère culturel et sportif ont pour objectif de prévenir la récidive en donnant du sens à la peine, et participent du parcours de réinsertion des personnes détenues condamnées. L'article 723-3 du code de procédure pénale (CPP) dispose que les permissions de sortir, à la décision du juge de l'application des peines, ont pour objet de préparer la réinsertion professionnelle ou sociale des personnes condamnées. Il prévoit expressément que, si une permission de sortir peut être octroyée à titre secondaire par le chef d'établissement à la suite d'une première décision favorable du juge de l'application des peines, celui-ci garde un pouvoir d'octroi de la permission de sortir si la personne détenue fait l'objet d'un refus. Par ailleurs, la pratique d'activités culturelles ou sportives organisées, prévue à l'article D. 143-4 du CPP, constitue une des modalités possibles des permissions de sortir, dans un cadre strict de participation à la réinsertion professionnelle ou sociale de la personne détenue. Dans le contexte de l'évasion d'une personne détenue du centre pénitentiaire de Nanterre, survenue le 13 mars 2026 lors d'une sortie culturelle au musée du Louvre, ainsi que de deux évasions du 14 novembre 2025 à Rennes et du 28 décembre 2025 à Paris lors de permissions de sortir collectives, des lacunes ont été mises en évidence. Ces événements ont révélé des insuffisances dans la sélection des profils et dans la validation des projets de sortie. Le directeur général de l'administration pénitentiaire (DGAP) a ainsi demandé, le 13 mars 2026, à l'ensemble des directeurs interrégionaux des services pénitentiaires d'émettre, de manière provisoire, un avis défavorable aux demandes de permissions de sortir à caractère culturel ou sportif qui n'auraient pas de lien direct et évident avec un objectif de réinsertion, et à l'exception évidemment de celles accordées pour l'exercice du droit de vote. Par une ordonnance de référé du 5 mai 2026, le Conseil d'Etat a suspendu l'exécution de cette instruction, expliquant que celle-ci ne pouvait exclure par principe que soient organisées de telles sorties. Le 12 mai 2026, le DGAP a ainsi transmis une nouvelle instruction aux directeurs interrégionaux des services pénitentiaires, aux chefs d'établissements et de services pénitentiaires d'insertion et de probation (SPIP) abrogeant la précédente. Elle crée un cadre plus sécurisant impliquant une sélection plus robuste des profils, un contrôle renforcé du contenu et un processus de validation consolidé et harmonisé sur l'ensemble du territoire. Cette instruction rappelle également que les permissions de sortir se déroulent dans l'espace public et que leur mise en œuvre doit prendre en compte le sens de la peine, le respect des victimes et les risques de troubles à l'ordre public. Pour ce faire, l'instruction crée une commission spécifique de validation des projets de permissions de sortir collectives culturelles et sportives, sous l'autorité du directeur interrégional ou de son adjoint, intégrant les équipes d'insertion et de probation interrégionales. La commission rend, pour chaque projet, un avis motivé permettant d'apprécier plus finement les demandes d'octroi au sein des commissions d'application des peines (CAP). Le profil des personnes proposées relève néanmoins toujours de la responsabilité du SPIP et de l'établissement, et doit être validé par l'autorité judiciaire durant les CAP. S'agissant des données disponibles sur les permissions de sortir, les chiffres annuels prenant en compte l'ensemble des permissions (culturelles, sportives, professionnelles, familiales, médicales, etc.) sont stables depuis trois ans : 60 381 permissions de sortir accordées en 2023, 62 085 en 2024 et 62 641 en 2025. Le nombre de personnes concernées par ces permissions est de 28 340 en 2025 et 27 783 en 2024. Plus de la moitié ont été octroyées au moment où le reliquat de peine des personnes condamnées était inférieur à un an. Sur ces trois années, les chiffres des non-réintégrations consécutives à des permissions de sortir ont été également stables : 305 en 2023, 422 en 2024 et 455 en 2025. Concernant l'augmentation des moyens alloués aux SPIP, l'administration pénitentiaire a significativement renforcé les effectifs de la filière insertion et probation ces dernières années. Ainsi, en 2025, 112 conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation (CPIP) supplémentaires ont été recrutés. Le nombre de CPIP a ainsi évolué favorablement passant de 3 295 en 2019 à 4 130 en 2025. Le taux de couverture des postes de CPIP en SPIP avoisine les 90 % (88,7 % au 30 novembre 2025). Par ailleurs, au 1er janvier 2025, un CPIP suit en moyenne 65 personnes, contre 81 au 1er janvier 2018, ce qui marque une amélioration significative de leur charge de suivi. Dans la poursuite de cette dynamique, les États généraux de l'insertion et de la probation (EGIP), lancés le 24 juin 2025, ont visé à analyser l'évolution et les missions SPIP au sein de la chaîne pénale, afin de faire émerger des pistes concrètes pour renforcer encore l'accompagnement des PPSMJ. Pour ce faire, les réflexions ont été poursuivies sur la lisibilité et la crédibilité des peines, leur effectivité, la rapidité de leur exécution, la réinsertion et la lutte contre la récidive. Le rapport de la mission d'appui de l'Inspection générale de la justice a été remis le 13 février 2026. Ces travaux ont montré que les alternatives à l'incarcération sont sous-utilisées et que les peines prononcées manquent de lisibilité, notamment pour les victimes. Le rapport synthétise l'ensemble des propositions évoquées et les principales préconisations à retenir, parmi lesquelles figurent le renforcement de la place des SPIP avant, pendant et après le jugement, la création d'un référentiel national d'évaluation pour mesurer le risque de récidive, l'expérimentation de l'intelligence artificielle pour fluidifier les tâches administratives, ainsi que l'élaboration d'une doctrine claire de prise en charge des victimes afin d'uniformiser les exigences de réparation et de protection qui leur sont dues. A la suite de ces travaux, le Premier ministre a confié au sénateur Louis VOGEL une mission visant à analyser, approfondir et évaluer la mise en œuvre de ces recommandations et à travailler à leur traduction sur le plan législatif ou règlementaire. Ses conclusions seront rendues à la fin du premier semestre 2026.