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🧭Gouvernement Lecornu II



















🤔Application de l'article 95 loi « Sapin II » dans le secteur laitier
26 mai 2026
Thierry Benoit
élevage
M. Thierry Benoit attire l'attention de Mme la ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire sur le retour de la pratique des cessions de volumes contractuels entre producteurs laitiers à titre onéreux. Pour rappel, la loi n° 2016-1691 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, dite loi « Sapin II », était venue introduire une disposition temporaire par son article 95 (aujourd'hui transposée dans le code rural à l'article L. 631-24-4) : « Pendant une période de sept ans à compter de la publication de la loi [ ] les contrats conclus entre producteurs et acheteurs mentionnés à l'article L. 631-24 et les obligations qui en découlent lorsqu'ils portent sur l'achat de lait de vache ne peuvent, à peine de nullité, faire l'objet d'une cession à titre onéreux, totale ou partielle. Les dispositions du présent article sont d'ordre public. » Par cette disposition, entre décembre 2016 et décembre 2023, toute cession à titre onéreux d'un contrat de vente de lait de vache était prohibée. Cela avait été justifié par les risques de marchandisation des contrats laitiers et d'une restriction à certains débouchés commerciaux pour les fermes les plus fragiles. Une évaluation de l'impact de la contractualisation obligatoire dans la filière laitière devait également être conduite. Or, depuis deux ans maintenant, cette pratique est de nouveau permise et parfois même encouragée par certains acteurs de la transformation laitière. Cette pratique ne s'inscrit pas dans une volonté de meilleure valorisation travail des producteurs de lait (Egalim) ni n'est favorable à une politique attractive d'installation. Dans ce contexte, il lui demande si le Gouvernement entend reconduire cette interdiction et le cas échéant à titre temporaire ou permanent.
↕️Tri
Une disposition temporaire issue de la loi sur la transparence, la lutte contre la corruption et la modernisation de la vie économique du 9 décembre 2016 a interdit pendant une période de sept ans, soit jusqu'en décembre 2023, les pratiques de cessions à titre onéreux, entre producteurs laitiers, de contrats de vente de lait de vache conclus avec leurs acheteurs. Le contexte économique et réglementaire dans lequel cette interdiction temporaire a été introduite était spécifique. Au moment de l'introduction de ces dispositions, il a été considéré que la fin des quotas laitiers, mis en place par la politique agricole commune depuis 1984, intervenue en avril 2015, pouvait créer un environnement propice à des pratiques de marchandisation des contrats, faisant courir un risque préjudiciable de spéculation et de renchérissement des coûts de production des éleveurs laitiers. La validation sur le plan juridique, y compris pour une durée limitée, de ces dispositions a résulté d'un équilibre entre, d'une part, le besoin d'un encadrement des cessions des contrats dans un contexte nouveau et, d'autre part, la liberté d'entreprendre. Pour envisager de réintroduire des dispositions, qu'elles soient temporaires ou permanentes, en matière d'encadrement de la cession à titre onéreux des contrats, il serait nécessaire de justifier de la nécessité et de la proportionnalité de ces mesures dans le contexte actuel. À ce stade, en l'absence d'éléments démontrant le risque fort de déstabilisation que feraient peser sur le marché national du lait les cessions marchandes de contrats, la réintroduction de mesures de régulation semble difficilement justifiable. Dans un premier temps, il serait indispensable que des informations détaillées faisant état d'une reprise, depuis décembre 2023, des pratiques de cessions de contrats à titre onéreux entre producteurs et de leur caractère préjudiciable pour la filière, soient transmises pour examen aux services compétents du ministère chargé de l'agriculture. Afin d'améliorer l'équilibre des relations commerciales dans le secteur du lait de vache, la contractualisation écrite est obligatoire depuis avril 2011, soit plus de quinze ans. De plus, la filière laitière est structurée par des organisations de producteurs (OP) et de leurs associations (AOP), dont l'action est cadrée juridiquement. Le projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, en cours d'examen au Parlement, a notamment pour objectif de renforcer la place des agriculteurs dans la chaîne agroalimentaire et de renforcer leurs revenus, en poursuivant, entre autres, l'incitation des agriculteurs à se structurer en OP.
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