À
Jean-Noël Barrot,
Ministère de l’Europe et des affaires étrangères, 🧭Gouvernement Lecornu II •
9 juin 2026M. Jean-Philippe Nilor attire l'attention de M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur l'impact du blocus de l'administration Trump et du choc énergétique sur l'économie de Cuba. « Cuba vit ses derniers moments », « je vais m'occuper de Cuba ». Ces propos sont ceux de Donald Trump, président des États-Unis d'Amérique qui, avec ses provocations déroutantes et sa logique guerrière, n'hésite pas une nouvelle fois, à se mettre en contravention avec les règles les plus élémentaires du droit international. Cette dernière attitude belliqueuse doit être prise très au sérieux quand on voit le sort réservé, par la première puissance mondiale, à tous ceux qui opposent quelque désaccord envers ses velléités d'hégémonie dans le domaine militaire économique et politique. Après un petit espoir sous l'ère Obama, l'embargo économique, commercial et financier mis en place par les États-Unis à l'encontre de Cuba depuis 1962 s'est renforcé sous l'administration Trump, et ceci au nez et à la barbe d'une ONU complètement démunie et d'une Europe dont le jeu diplomatique est devenu totalement exsangue. Suite à la chute de l'Union soviétique, leur principal soutien, les Cubains ont vu leur capacité de résilience et de résistance, qui forcent l'admiration de tous, mises à rude épreuve. Aujourd'hui, les effets conjugués de l'attentat américain contre leur fournisseur de pétrole Nicolas Maduro et de la guerre au Moyen Orient ont précipité le pays dans un déclin économique sans commune mesure avec celui provoqué par l'écroulement de l'URSS. Vicente de la O Levy, ministre cubain de l'énergie, vient de déclarer que l'île était complètement à court de carburant. Depuis le mois de janvier 2026, aucune cargaison de pétrole n'a été importée sur l'île, provoquant des réactions en chaîne dans toutes les strates de la société. Le tourisme, secteur vital pour l'économie, est frappé de plein fouet par les compagnies aériennes clouées au sol faute de kérosène. La vétusté du système cubain de production d'électricité provoque des coupures de courant quotidiennes pouvant durer jusqu'à vingt heures. Et cette pénurie d'énergie affecte la santé au point que l'OMS a dû tirer la sonnette d'alarme en déclarant la situation sanitaire de l'île « profondément préoccupante ». Les problèmes s'exacerbent. La faim menace. Des personnes âgées et vulnérables meurent faute de médicaments. Des incubateurs ne fonctionnent plus et des nouveau-nés luttent pour rester en vie. Cet impact sur la santé traverse les frontières. Sous la pression des États-Unis, et dans un silence mondial déconcertant, plusieurs pays des Caraïbes et d'Amérique latine mettent un terme à leurs accords respectifs de coopération médicale avec Cuba au motif que les soignants cubains en mission à l'étranger sont victimes de « travail forcé ». L'envoi d'une aide médicale massive à travers le monde est une spécialité cubaine depuis 1963, et bon nombre de pays incapables aujourd'hui de faire face à Donald Trump ont été ravis de pouvoir bénéficier de cette manne médicale substantielle. Cuba dispose de 30 000 professionnels de santé, dont 19 000 médecins répartis dans une centaine de pays. Les médecins cubains sont intervenus notamment en 2004 lors du tsunami au Sri Lanka, en 2005 lors le séisme au Pakistan ou encore lors du grave tremblement de terre survenu en Haïti en 2010. En 2014, l'OMS s'est félicitée de l'envoi de médecins cubains pour lutter contre Ebola en Afrique de l'Ouest, un contingent plus important que la somme de tous les médecins occidentaux. En 2020, Cuba a dépêché en Italie une équipe de 52 médecins et infirmiers pour aider le pays européen le plus touché par le covid. M. le député demande alors à M. le ministre si la France, qui peine à maintenir son « aura » sur la scène internationale, osera faire face au diktat américain. Il s'inquiète également quant à l'avenir des liens tissés entre la Martinique et sa voisine malgré le blocus en vigueur depuis 50 ans. Il faut se souvenir qu'en 2020, une quinzaine de médecins cubains sont venus en Martinique pour pallier la pénurie de professionnels de santé et aider le territoire face à l'épidémie de coronavirus. Cette mission, d'une durée de trois mois, une première en France, avait renforcé des spécialités en tension telles que la pneumologie, l'infectiologie, la radiologie et la médecine d'urgence au sein du CHU et de la clinique Saint-Paul. M. le député rappelle que la Martinique a toujours entretenu des relations privilégiées avec Cuba et continue d'œuvrer pour une coopération étroite avec tous ses voisins de la Caraïbe sans se laisser influencer par les chocs géopolitiques d'hier et d'aujourd'hui. Il exhorte le Gouvernement à appuyer, à l'instar de L'ONU, un plan d'aide d'urgence à Cuba, portant notamment sur la livraison de carburant à des fins humanitaires. Il souhaite connaître les perspectives à ce sujet.