La politique tarifaire des musées et monuments nationaux repose sur un équilibre constant entre trois impératifs : l'accessibilité culturelle, la soutenabilité financière des établissements et la préservation du patrimoine. Elle constitue un instrument stratégique de gestion publique. Dans ce cadre, les grilles tarifaires des musées et monuments nationaux sont élaborées en fonction des spécificités de chaque établissement, en lien avec le ministère de la culture, autorité de tutelle. Ces grilles font l'objet d'un examen attentif, afin d'en apprécier les incidences économiques, culturelles et sociales. Les grilles tarifaires des musées nationaux et des monuments nationaux sont ainsi construites en fonction de nombreux paramètres, parmi lesquels leur situation géographique, la configuration des espaces, la structure des publics accueillis, notamment la part des visiteurs étrangers et des bénéficiaires de la gratuité, ainsi que la programmation culturelle proposée. Elles doivent permettre de concilier les besoins de financement liés au fonctionnement, à l'entretien et au développement des sites avec l'objectif d'accessibilité du patrimoine au plus grand nombre. À ce titre, les établissements maintiennent des dispositifs de gratuité ciblés au bénéfice notamment des jeunes, des demandeurs d'emploi ou encore des enseignants. Par ailleurs, plus généralement, depuis une dizaine d'années, les opérateurs patrimoniaux poursuivent un effort constant d'accroissement de leurs ressources propres, en particulier par le développement des recettes de billetterie. C'est dans ce contexte, marqué par des besoins d'investissement particulièrement importants et par la nécessité d'assurer le financement durable d'opérations de conservation, de restauration et de valorisation du patrimoine, que la tarification différenciée entre visiteurs ressortissants de l'Espace économique européen (EEE) et visiteurs hors EEE a été mise en uvre à compter de janvier 2026 dans un nombre limité d'établissements. Cette mesure a nécessité, pour les établissements concernés, une préparation importante comprenant notamment l'adaptation des systèmes de billetterie, la formation des agents et la mise en place d'une communication spécifique. Le périmètre retenu a été défini sur la base de critères objectifs, tenant principalement à l'importance de la fréquentation étrangère, généralement supérieure à 60 % des visiteurs, et à l'existence de besoins identifiés de financement de travaux patrimoniaux. La majorité des établissements répondant pleinement à ces critères ont ainsi intégré le dispositif dès son entrée en vigueur. Le musée d'Orsay, qui figurait parmi les établissements envisagés, ne pourra pour sa part le mettre pleinement en uvre qu'à l'issue de ses travaux en cours, lorsque ses capacités d'accueil seront rétablies. Au-delà de ces premiers établissements, les services du ministère de la culture ont conduit un travail d'analyse visant à identifier d'éventuels sites supplémentaires susceptibles de répondre aux critères retenus. Ces travaux montrent toutefois que le nombre de sites potentiellement éligibles demeure limité au regard de l'ensemble des musées nationaux et des monuments gérés par le centre des monuments nationaux. Il est à noter que les premières observations recueillies depuis la mise en place du dispositif ne mettent pas en évidence de phénomène d'éviction directement imputable à l'évolution tarifaire. Les établissements concernés n'ont pas constaté de baisse de fréquentation liée à la réforme. Lorsque des reculs de fréquentation sont observés (et c'est le cas pour une grande majorité des établissements par rapport à 2025), ils semblent davantage résulter d'un contexte global marqué par le ralentissement économique, les tensions internationales ou encore les différentes vagues de canicule affectant les flux touristiques et pouvant conduire à des aménagements d'horaires. À ce stade, le ministère de la culture poursuit donc l'évaluation des effets de cette mesure. Si les recettes supplémentaires qu'elle génère participent au financement de l'entretien, de la restauration et de la valorisation du patrimoine, toute extension éventuelle du dispositif devra s'appuyer sur les enseignements tirés de sa mise en uvre, tenir compte de la situation propre de chaque établissement et être conduite de manière ciblée, progressive et concertée avec les opérateurs concernés.