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🧭Gouvernement Lecornu II



















🤔Position de la France sur les crimes internationaux et la justice en RDC
28 juil. 2026
Nadège Abomangoli
politique extérieure
Mme Nadège Abomangoli attire l'attention de M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur la position de la France concernant les crimes relevant du droit pénal international commis en République démocratique du Congo (RDC) depuis 1996 et sur son soutien au processus de justice afférent engagé par son gouvernement. Depuis 1996, l'est de la RDC est le théâtre de conflits ayant donné lieu à des crimes de guerre, crimes contre l'humanité, crimes d'agression et à d'autres violations graves du droit international et du droit international humanitaire. À ce jour, les violences ont causé plusieurs millions de victimes et le rapport Mapping de 2010 produit par les Nations unies fait mention d'« actes de génocide » fondés sur la « préméditation » et une « méthodologie » concernant certains massacres commis sur le sol congolais. Au-delà de ce rapport, les violations du droit international en RDC ont été documentées dans les travaux du Groupe d'experts des Nations unies sur la RDC, ainsi que par diverses organisations internationales et non gouvernementales. Elles ont fait l'objet de condamnations par le Conseil de sécurité des Nations unies, le Conseil des droits de l'homme, le Parlement européen ou encore l'Union africaine, qui ont également appelé à la lutte contre l'impunité et rappelé la nécessité de garantir aux victimes leur droit à la vérité, à la justice et à la réparation. Le 30 octobre 2025, la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples a explicitement condamné chacun des crimes relevant du droit pénal international commis en RDC, y compris celui de génocide, dans une résolution appelant également à mettre en œuvre un processus de justice transitionnelle fondé sur le droit à la vérité, à la justice, à la réparation et aux garanties de non-répétition. En parallèle, les autorités congolaises ont conduit des travaux de documentation concernant plusieurs cycles de massacres à dimension ethnique, perpétrés par des supplétifs du Rwanda sur le sol congolais, selon des modes opératoires susceptibles de relever de dynamiques génocidaires, financées par une prédation économique des ressources congolaises. Aujourd'hui, alors même que les violences se poursuivent, le gouvernement congolais mène une double politique de justice et de mémoire. Au niveau national, le 26 décembre 2022, il a institué le GENOCOST, cadre national de prévention des atrocités, de commémoration et de reconnaissance de l'ensemble des victimes des crimes précédemment cités. Au niveau international, ces ambitions se traduisent par un plaidoyer en faveur de la reconnaissance internationale des possibles génocides commis sur son territoire, par le recours aux mécanismes de justice internationale compétents. Sur ces fondements, Mme la députée interroge le Gouvernement sur sa position concernant les démarches engagées par la RDC en faveur de la reconnaissance des crimes commis sur son territoire et de leur qualification juridique. Elle souhaite savoir quelle est son appréciation des crimes commis en RDC depuis 1996 et, de manière corollaire, si la France pourrait envisager de soutenir un examen approfondi de ces faits par les mécanismes internationaux compétents, afin de déterminer les qualifications juridiques susceptibles de leur être appliquées au regard du droit international. Elle lui demande enfin si la France entend soutenir, au sein des organisations internationales, les initiatives visant à renforcer les mécanismes de vérité, de justice, de réparation, de mémoire et de garanties de non-répétition concernant les crimes perpétrés en RDC et, en parallèle, quelles initiatives diplomatiques elle entend promouvoir afin de lutter contre l'impunité, soutenir les victimes et contribuer à une paix durable dans la région des Grands Lacs.
↕️Tri
La position de la France sur la crise des Grands Lacs est constante, de même que notre engagement pour y répondre : nous condamnons l'offensive du M23 soutenu par le Rwanda, appelons au respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la République Démocratique du Congo (RDC), apportons notre soutien aux médiations des Etats-Unis, du Qatar et à la facilitation du Togo au nom de l'Union Africaine (UA) ainsi qu'à la mise en œuvre de l'accord de Washington du 4 décembre 2025 et de l'accord-cadre de Doha du 15 novembre 2025. La France rappelle cette position dans l'ensemble des instances internationales. Elle a porté la résolution 2773 au Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée à l'unanimité le 21 février 2025. Cette résolution porte un message clair : il n'y a pas d'issue militaire au conflit dans l'est de la RDC. Elle condamne la présence de troupes rwandaises dans cette région. Pour faire face à cette crise, nous avons mobilisé la communauté internationale à Paris le 30 octobre 2025 : 1,5 milliard d'euros d'engagements ont été pris par 70 Etats et organisations internationales. En cinq mois, la totalité des financements humanitaires d'urgence annoncés lors de cette conférence ont été décaissés (850 millions d'euros, comptabilisés par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires – BCAH). Depuis, le plan de réponse humanitaire de la RDC affiche un financement à hauteur de 47% (soit 1,08 milliard de dollars sur les 2,1 milliards de dollars ciblés par le BCAH). Face aux alertes des ONG internationales et des agences des Nations unies présentes sur le terrain concernant le respect du droit humanitaire et des droits de l'Homme, la France est engagée. Elle s'était mobilisée durant la publication du rapport « Mapping » en 2010 par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l'Homme (HCDH). Ce rapport recense 617 actes présentés comme des violences et crimes avérés en RDC entre 1993 et 2003, et appuie les procédures des ONG et associations de victimes à faire valoir leur droit. Depuis la reprise de l'offensive en janvier 2025, la France s'est mobilisée pour l'adoption, lors d'une session extraordinaire du Conseil des droits de l'Homme (CDH) à Genève le 7 février 2025, de la résolution S-37/1, qui crée deux mandats d'enquête sur les violations des droits de l'Homme dans la région des Grands Lacs. Cette résolution a entériné le mandat d'enquête du Haut-Commissariat pour les droits de l'Homme et mis en place une Mission d'établissement des faits relatifs aux violations des droits de l'Homme et du droit international humanitaire commises par tous les belligérants dans les Kivu depuis janvier 2022. La Mission, puis la Commission d'enquête indépendante qui lui a succédé, documentent les violations des droits de l'Homme dans la zone depuis 2025 et ont pour objectif de faire toute la lumière sur la situation pour lutter contre l'impunité de ces crimes. Les victimes doivent être entendues et justice se faire pour qu'une paix durable puisse s'établir dans la région des Grands Lacs. C'est pourquoi le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères a reçu les représentants du Fonds National de Réparation des Victimes (Fonarev) lors de leur tournée en Europe à l'été 2026 afin de recueillir les demandes congolaises de reconnaissance et de justice transitionnelle. Parallèlement, par l'intermédiaire de notre ambassade à Kinshasa, la France finance depuis 2024 un programme de formation de chercheurs et historiens sur les conflits de l'est congolais, en lien avec le professeur Isidore Ndaywel et son équipe de l'Institut congolais des études avancées (ICEA).
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