SANTÉ MENTALE
M. le président. La parole est à Mme Marie Pochon, pour exposer sa question, no 523, relative à la santé mentale.
Mme Marie Pochon. L'année 2025 s'est achevée et, avec elle, la grande cause nationale de la santé mentale. À Montéléger, dans la Drôme, l'hôpital Drôme-Vivarais est, depuis 2016, le seul hôpital psychiatrique public du département. Depuis 2023, il a perdu cinquante lits du fait d'un manque de psychiatres, ce qui a conduit à la fermeture de plusieurs services. Dans le même temps, le taux de suicide des patients est en forte hausse. Les jeunes pris en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE) et les mineurs non accompagnés souffrent d'un déficit d'accès aux soins psychiatriques, tout comme les détenus. Le centre pénitentiaire de Valence – où l'on estime que 40 % des détenus sont atteints de troubles psychiatriques – pâtit d'un manque criant de moyens pour prendre en charge ces maladies.
La poursuite des soins à la sortie de l'hôpital et, de façon générale, à l'extérieur de l'hôpital est extrêmement complexe, avec des temps d'attente pouvant aller jusqu'à quatre mois dans les centres médico-psychologiques. Le CCNE – Comité consultatif national d'éthique – y voit une atteinte directe aux droits fondamentaux des personnes vulnérables, qualifiant la situation d'urgence démocratique.
Du côté des personnels soignants, des médecins partent et ne sont pas remplacés, ce qui entraîne mécaniquement une surcharge pour le reste des personnels, qui font déjà un métier difficile et parfois dangereux. Les soignants demandent notamment une meilleure reconnaissance de leur métier, de sa pénibilité et de sa dangerosité, ainsi qu'une hausse de leur rémunération. Sans une stratégie nationale, l'attractivité des métiers de la psychiatrie restera en berne et nous ne pourrons répondre à la pénurie croissante de personnel.
La voici, la grande cause nationale : 53 % des Français disent avoir été en souffrance psychique au cours des douze derniers mois. Il s'agit d'une véritable explosion et elle touche particulièrement les jeunes, pour lesquels on a enregistré, en quatre ans, une augmentation de ces troubles de 77 %. Selon Santé publique France, un quart des lycéens ont déjà eu des pensées suicidaires.
Madame la ministre, voilà que l'année 2025 est terminée et, avec elle, la grande cause nationale dédiée à la psychiatrie. Elle laisse derrière elle la suppression de 7 000 lits, sans que des moyens supplémentaires n'aient été alloués à la prise en charge ambulatoire, des services d'urgences submergés et incapables d'assurer une prise en charge adaptée, la disparition progressive de la spécificité de la psychiatrie dans la formation des infirmiers et des infirmières, les suppressions de postes, la déréglementation du temps de travail et le démantèlement des lieux de soins de la psychiatrie publique.
Comment comptez-vous améliorer durablement et équitablement l'offre de soins, la prévention et le repérage des troubles émergents sur tout le territoire national ? Allez-vous enfin revaloriser les métiers de la psychiatrie ? En 2026, ferez-vous de la psychiatrie une véritable grande cause nationale ?
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l'autonomie et des personnes handicapées.
Mme Charlotte Parmentier-Lecocq, ministre déléguée chargée de l'autonomie et des personnes handicapées. Mme la ministre de la santé, qui m'a chargée de répondre à votre question, vous prie d'excuser son absence.
Si les fragilités en santé mentale sont importantes – vous l'avez dit –, elles ont été amplifiées par la crise sanitaire. Afin de sortir la santé mentale de l'angle mort des politiques publiques, elle a été érigée en grande cause nationale en 2025, dynamique que le premier ministre a souhaité prolonger en 2026.
L'engagement financier de l'État en faveur de la psychiatrie est continu. Depuis 2018, la feuille de route « santé mentale et psychiatrie » s'est traduite par un investissement supérieur à 3 milliards d'euros. Les dépenses de l'assurance maladie dédiées à la psychiatrie sont passées de 9 milliards en 2020 à plus de 13 milliards en 2025, soit une hausse de près de 44 %. En 2026, les dotations progressent encore de plus de 3 %, soit 413 millions d'euros supplémentaires, dont 87 millions pour financer la pédopsychiatrie, les urgences psychiatriques, les unités pour malades difficiles, le handicap et l'innovation organisationnelle.
Le fonds d'innovation organisationnelle en psychiatrie a permis de soutenir 268 projets à hauteur de 288 millions d'euros, tandis que l'offre de psychiatrie périnatale, de l'enfant et de l'adolescent bénéficie de 175 millions de financements pérennes. S'y ajoute le plan psychiatrie 2025, qui comprend vingt-six mesures parmi lesquelles le déploiement d'un modèle national de repérage et d'intervention précoce des troubles émergents chez les jeunes. Nous avons missionné trois expertes dont les conclusions seront rendues avant mars 2026 pour poursuivre les avancées. Nous avons aussi lancé une mission nationale sur les conditions de travail et renforcé la formation au secourisme en santé mentale.
Mes propos visent moins à détailler l'ensemble des mesures prises qu'à insister auprès de la représentation nationale sur le fait que notre ambition pour la psychiatrie est constante et déterminée. Nous voulons renforcer l'offre de soins, améliorer l'attractivité des métiers, réduire les inégalités territoriales et garantir le respect des droits des personnes les plus vulnérables.