CRISE DE L'EAU À MAYOTTE
Mme la présidente. La parole est à Mme Anchya Bamana, pour exposer sa question, no 683, relative à la crise de l'eau à Mayotte.
Mme Anchya Bamana. Ma question s'adresse à Mme Naïma Moutchou, ministre des outre-mer. Depuis de longs mois, Mayotte fait face à une crise structurelle de pénurie d'eau, situation qui maintient le département sous le régime des tours d'eau – une exception honteuse pour la nation.
Entre les pannes du réseau et l'ampleur de la pénurie, la situation est de plus en plus critique. Alors que le territoire connaît une croissance démographique soutenue, résultat d'une immigration incontrôlée toujours en cours, la responsabilité de la pénurie ne peut incomber aux seuls élus locaux. Les investissements réalisés sont insuffisants eu égard aux besoins. Surtout, ils arriveront trop tard.
Les Mahorais doivent avoir de l'eau aujourd'hui, comme tout Français de France et de Navarre, pas dans deux ans. Car les conséquences de cette crise sont lourdes : dégradation des conditions de vie et des conditions sanitaires, fragilisation de l'activité économique, tensions sociales croissantes.
Monsieur le ministre, les Mahorais attendent des solutions concrètes et rapides, au-delà des investissements prévus à long terme. Les coupures d'eau ne sont pas une réponse digne de vies humaines. Quelles mesures immédiates le gouvernement entend-il mettre en œuvre pour répondre à l'urgence d'un accès continu à l'eau pour la population ? Quelles garanties prévoyez-vous quant à la mobilisation effective des moyens financiers de l'État pour répondre à cette urgence vitale ? Il y va du respect des droits fondamentaux. Nous le devons aux Français de Mayotte.
Mme la présidente. La parole est à M. le ministre délégué chargé de l'Europe.
M. Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l'Europe. Madame Bamana, je vous prie tout d'abord d'excuser Mme la ministre des outre-mer. Elle est retenue, avec le premier ministre, par une rencontre avec les dirigeants de Nouvelle-Calédonie.
Le gouvernement connaît votre engagement sur la crise de l'eau à Mayotte. Comme vous le savez, l'État est pleinement mobilisé aux côtés du syndicat mixte Les Eaux de Mayotte (Lema). Aucun acteur politique ne minimise la gravité de la situation et ne fait le choix de l'immobilisme.
Sur ce dossier, la vigilance est la règle numéro un. Il faut suivre scrupuleusement l'état de la ressource et l'impact de la pluviométrie. Je tiens à le réaffirmer, c'est par la réalisation d'investissements structurants que Mayotte sortira durablement de la crise de l'eau. Le chantier de l'usine d'Ironi Bé se poursuit. Les marchés de maîtrise d'œuvre ont été notifiés pour l'usine et la construction du barrage de la troisième retenue collinaire. Le plan Eau Mayotte, qui constitue le document stratégique pour sortir de la crise de l'eau, repose sur une approche globale. Le volet préventif n'est pas négligé, puisque les jeunes en service civique écologique poursuivent leurs actions de sensibilisation auprès de la population, en particulier sur le sujet des fuites après compteur. S'agissant des fuites, le Lema prépare et prévoit la mise en œuvre d'un plan anti-fuite pour fin avril. L'État le financera et le soutiendra, notamment en permettant aux techniciens d'intervenir partout et à toute heure. Des forages sont nécessaires ; quatre essais sont en cours et précèdent l'ouverture d'une vingtaine de sites en 2026, dans le cadre de la septième campagne de forage.
Certes, il n'existe pas de solution miracle et rien ne peut se faire sans recourir à des techniques éprouvées. Néanmoins, il faut garder l'œil sur toute solution innovante : le projet de barge de dessalement récemment publié sera présenté au Lema et à Électricité de Mayotte.
Aucune stratégie ne peut être déployée sans moyens financiers. Sur ce point, l'effort budgétaire de l'État s'élève à 74 millions d'euros pour 2026. La programmation des investissements est prête. Il est également primordial de débloquer des fonds européens. Pour le chantier d'Ironi Bé, 37 millions, sur un total de 100 millions, ont été engagés par le Fonds européen de développement régional (Feder).
La crise est là. L'enjeu est de construire des solutions durables et de ne pas subir. C'est la ligne défendue par l'État, aux côtés de Lema, dans ce dossier prioritaire.
Mme la présidente. La parole est à Mme Anchya Bamana.
Mme Anchya Bamana. Monsieur le ministre, c'est toujours le même discours qui nous est servi, en particulier depuis Chido. En attendant, les tensions sociales montent. La semaine dernière, un père de famille privé d'eau depuis quarante-huit heures, bien qu'il paie ses impôts et ses factures d'eau, est allé se laver dans les locaux du délégataire pour alerter sur la gravité de la situation.
Le contexte social à Mayotte oscille entre hausse des prix et misère sociale. Je vous préviens : n'ajoutez pas le sujet de l'eau aux motifs d'émeute.
Des solutions d'urgence existent. Elles sont depuis longtemps publiques, comme vous venez de le rappeler, et nous vous les proposons depuis des mois sans succès. Personne ne peut vivre sans eau, à Mayotte comme ailleurs.