ORDRE PUBLIC À MARSEILLE
M. le président. La parole est à Mme Monique Griseti, pour exposer sa question, no 714, relative à l'ordre public à Marseille.
Mme Monique Griseti. Le carnaval de la Plaine, à Marseille, s'est tenu le 29 mars. Cet événement, dont c'était la 27e édition, se voulait à l'origine une fête populaire et conviviale. Malheureusement, comme chaque année, il s'est transformé en un moment de débordements, et son rayonnement fut uniquement négatif. En effet, cette manifestation a entraîné d'importantes dégradations de biens situés dans l'espace public – mobilier urbain, vitrines, véhicules – et, plus grave encore, des violences à l'encontre des forces de l'ordre. Le bilan humain est lourd : quatorze policiers ont été blessés au cours de cette soirée. Je tiens à rappeler notre soutien inconditionnel à celles et à ceux qui, chaque jour, œuvrent pour notre sécurité et veillent au respect de l'ordre républicain.
Ce carnaval avait pourtant été encadré par un arrêté préfectoral, qui autorisait la tenue de l'événement jusqu'à 19 heures. Or, selon les informations relayées par la presse, les attroupements et les débordements se sont poursuivis bien au-delà de cette heure limite, jusqu'à environ 22 h 30. Ces débordements sont insupportables pour l'ensemble des Marseillais et pour ceux qui souhaitaient simplement célébrer une tradition provençale, ancrée dans la culture paysanne de notre région, et fêter l'arrivée du printemps en assistant à la mise à feu du Caramentran. Ce feu de joie s'est une nouvelle fois transformé en un brasier délictuel nuisant aux Marseillais et à une fête censée rassembler.
Cette situation pousse à s'interroger en profondeur. Chacun sait que, ces dernières années, le carnaval de la Plaine a systématiquement donné lieu à des incidents comparables : dégradations, affrontements, tensions avec les riverains. Comment expliquer qu'un tel événement ait pu de nouveau être autorisé dans ces conditions ? Plus encore, comment se fait-il que l'arrêté préfectoral fixant l'heure de la fin du carnaval n'ait pas été appliqué ni respecté ?
Madame la ministre, les Marseillais sont en droit d'attendre que l'État fasse respecter l'ordre public et protège à la fois les habitants, les biens et les agents des forces de l'ordre mobilisés sur le terrain. Il est urgent de revoir les conditions d'encadrement de ce type d'événement, afin que plus jamais une fête censée rassembler ne devienne l'occasion de désordres et de violences. Quelles garanties pouvez-vous apporter aux habitants de Marseille pour qu'ils puissent enfin célébrer leurs traditions et exalter leur histoire en toute sécurité ?
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la citoyenneté.
Mme Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée chargée de la citoyenneté. Effectivement, depuis 2024, le carnaval de la Plaine est encadré par un arrêté préfectoral qui l'interdit formellement après 19 heures, du fait des débordements fréquemment constatés en soirée. Lors de ces débordements, ce sont les symboles de l'État et de la police républicaine qui sont remis en cause, et ce sont les riverains qui subissent les nuisances et les dégradations de leur cadre de vie. C'est inacceptable et, avec le ministre Nuñez, nous condamnons ces débordements avec la plus grande fermeté.
Cette année encore, le préfet de département a pris un arrêté d'interdiction de cette manifestation à compter de 19 heures, ainsi que plusieurs autres arrêtés visant à encadrer cet événement et à éviter les troubles à l'ordre public. Ils interdisaient la vente de boissons alcoolisées à emporter dans des contenants en verre, le port d'armes par destination, la vente au détail et le transport de carburant, le transport et l'usage de produits pyrotechniques ; ils autorisaient par ailleurs la captation d'images par les forces de l'ordre.
Afin d'assurer un encadrement suffisant de l'événement, des moyens significatifs ont été mobilisés : 432 agents, dont des CRS et deux engins lanceurs d'eau, ont été engagés pour contenir la situation et faire respecter les dispositions de ces arrêtés préfectoraux. La stratégie adoptée par les forces de l'ordre s'est déployée en plusieurs temps. D'abord, il s'agissait de laisser les publics familiaux partir. Le carnaval a rassemblé cette année jusqu'à 14 000 personnes durant la déambulation. La stratégie se voulait donc proportionnée puisque, entre 19 heures et 20 h 45, près de 10 000 personnes devaient quitter les lieux sans trouble. En soirée, 2 000 à 3 000 personnes étaient encore présentes sur place avec l'alimentation d'un feu soutenu, devant un public moins familial. La stratégie a alors consisté, dans un second temps, à montrer la force : le dispositif s'est mis en place et des sommations ont été effectuées – un préalable à tout engagement de manœuvre. Différents groupes ont tenté de s'opposer aux forces de sécurité intérieure dans les rues avoisinantes, notamment en jetant des projectiles ou en brûlant des poubelles. Enfin, la stratégie a consisté à faire utilisation de la force : l'intervention des forces de police s'est conclue par l'évacuation des participants et le lancement des opérations de nettoyage du site.
Cette stratégie se voulait ainsi proportionnée au risque et graduée en fonction de l'évolution des troubles et de la situation. Elle a permis une action efficace des forces de sécurité. Malheureusement, dix-sept fonctionnaires de police ont été légèrement blessés ; je leur apporte tout mon soutien et je veux leur dire, comme vous l'avez fait, toute notre admiration et notre reconnaissance. Enfin, treize individus ont été interpellés au cours de l'opération de maintien de l'ordre pour avoir commis des dégradations ou des jets de projectiles. La mobilisation du préfet et des forces de sécurité a donc été forte, afin que de tels rassemblements destinés à célébrer un lieu et un moment importants puissent se dérouler dans de bonnes conditions.
M. le président. La parole est à Mme Monique Griseti.
Mme Monique Griseti. Je vous remercie pour votre réponse et votre soutien. Ce carnaval est fait avant tout pour les enfants et les familles ; il est malheureux que des trouble-fêtes s'en mêlent.