Léa Balage El MarikyLe 10 avril 2024, le Parlement européen a adopté le pacte sur la migration et l'asile. Depuis, la Commission demande à chaque État membre de présenter un plan national, élaboré en toute transparence et dans le dialogue avec la société civile. Ce plan devait être transmis en octobre 2024 et finalisé en décembre. Nous sommes fin 2025 et la France n'a toujours rien publié.
Ce silence n'est pas neutre. Il prive les acteurs de terrain – les collectivités, les associations, les services publics qui dépendent du ministère de l'intérieur – de visibilité et de capacités d'anticipation. Il évite aussi, très opportunément, le débat démocratique.
En parallèle, le 11 mars dernier, la Commission a présenté un projet de réforme des conditions dans lesquelles les personnes étrangères peuvent être éloignées d'Europe. Et, là non plus, la question n'est pas purement technique ; elle est politique, juridique et surtout éthique.
Ce projet de règlement constitue une escalade supplémentaire dans la répression et les atteintes aux droits fondamentaux des personnes exilées en Europe. Il prévoit d'allonger les durées de rétention, d'accélérer le passage du départ volontaire au retour forcé et il ouvre la porte à la création de centres dits de retour, dont personne ne sait clairement comment ils fonctionneront, qui les gérera, avec quels contrôles et quelles garanties pour les droits fondamentaux.
Si l'argument humaniste ne vous convainc pas, permettez-moi un argument géopolitique. Comment l'Europe peut-elle accepter de déléguer une part de son indépendance stratégique et de sa souveraineté financière au moment où l'instabilité géopolitique règne aux portes de l'Europe ?
Et si ces considérations géostratégiques sur notre souveraineté ne vous convainquent pas non plus, peut-être l'argument financier emportera-t-il votre approbation : ces centres de rétention représenteraient un coût de 220 millions d'euros par an, à mettre en regard du taux d'éloignement constaté : seules 40 % des personnes résidant dans ces centres de rétention en France sont, en définitive, véritablement éloignées.
C'est un sujet sensible et il y a une chose que la France ne peut pas faire, c'est avancer en silence. J'aurai donc deux questions très simples : Quand la France publiera-t-elle enfin son plan national de mise en œuvre du pacte ? Quelle est la position officielle du gouvernement dans les négociations sur le règlement « retour », notamment sur la création des centres de retour ? Le Parlement et le Conseil européens doivent se prononcer ce mois-ci ; or, du côté de l'exécutif, c'est silence radio.