Julien LimongiMa question s'adresse à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées. Si je prends la parole aujourd'hui, c'est pour relayer l'inquiétude d'un territoire qui se sent abandonné. La Seine-et-Marne est le deuxième désert médical de France d'après toutes les études, tandis que le Provinois est devenu le désert du désert médical, un territoire qui cumule tous les handicaps, où la raréfaction de l'offre de soins atteint un niveau critique. Comment accepter qu'en 2025, un département de 1,6 million d'habitants soit dépourvu de centre hospitalier universitaire ? Cette anomalie structurelle pèse lourdement sur l'ensemble du système de santé départemental et aggrave l'isolement sanitaire du sud-est du territoire.
Au cœur de cette fragilité, il y a le centre hospitalier Léon-Binet de Provins. La chambre régionale des comptes l'a documenté sans ambiguïté : vétusté à plus de 66 %, capacité d'autofinancement quasi nulle, endettement élevé, projets de rénovation devenus inaccessibles faute de moyens. Certaines infrastructures, comme la pharmacie ou l'unité de stérilisation, ne sont plus conformes. Depuis des années, l'hôpital survit par l'application de solutions temporaires plutôt que par une stratégie d'investissement durable. La CRC note une « fuite de patients » et un « isolement » géographique.
Il est vrai que des financements ont été annoncés, notamment une enveloppe de 33 millions d'euros de l'ARS, l'agence régionale de santé, ainsi qu'un complément de 0,6 million d'euros prévu pour les établissements isolés, alors même que Léon-Binet n'est pas reconnu comme tel. Mais sur le terrain, force est de constater que nous ne voyons pas se déployer un véritable plan d'efficience. Les habitants n'en voient pas les effets, les soignants non plus et la trajectoire structurelle de l'hôpital demeure incertaine.
Léon-Binet fait partie d'un groupement hospitalier de territoire « atypique », comme l'a relevé la CRC, mais ne bénéficie pas des avantages de cette organisation. Dans ce contexte, l'État doit jouer pleinement son rôle de garant de l'égalité d'accès aux soins. Car si l'hôpital tient, c'est grâce à ses soignants et à une direction qui fait du mieux qu'elle peut. Leur engagement, leur professionnalisme, leur sens du service public sont exemplaires. Ils maintiennent la digue, souvent au prix de sacrifices personnels. Je veux leur rendre un hommage appuyé. Mais il n'appartient pas aux soignants de sauver seuls l'hôpital : c'est à l'État de leur en donner les moyens.
Lorsqu'Alain Peyrefitte a accompagné la création de cet établissement, son ambition était claire : garantir une qualité de soins équivalente à celle du reste du pays, malgré l'éloignement des grands centres. Et, comme vous le savez, madame la ministre, pour des milliers d'habitants autour de Provins, il n'y a plus que cet hôpital et rien d'autre. Nous ne pouvons pas le laisser tomber.
Pour nous montrer fidèles à cet héritage, nous devons aller plus loin. Le gouvernement entend-il lancer un véritable plan d'urgence pour Léon-Binet, afin de sécuriser sa trajectoire, moderniser ses infrastructures et garantir enfin aux habitants de tout un bassin de vie l'accès aux soins qu'ils méritent ? Envisagez-vous de reconnaître Léon-Binet comme établissement hospitalier isolé et de revoir, en conséquence, la configuration du groupement hospitalier de territoire afin de garantir aux habitants un service public de santé réellement adapté à leurs besoins ?