Jean-Paul LecoqDans ma circonscription, au Havre, comme ailleurs en France, de nombreuses entreprises ont perçu des aides financières directes de l'État ces dernières années. Or, dans le même temps, ces entreprises ont procédé à des réductions d'effectifs qui prennent différentes formes, dont la plus cynique pour les travailleurs, qui se voient poussés dehors, est le fameux plan de sauvegarde de l'emploi – il porte bien mal son nom.
Qu'il s'agisse du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, transformé en allégement de cotisations sociales, du crédit d'impôt recherche, des subventions issues des appels à projets liés à la transition écologique et énergétique, ou des mesures de chômage partiel, l'argent public soutient l'activité des entreprises, mais aussi le niveau de profit et de distribution des bénéfices aux actionnaires.
Comment un travailleur licencié et sa famille peuvent-ils entendre, comprendre ou accepter qu'ils sont les seuls à subir les conséquences d'une mutation, d'une transition ou d'un redressement, alors même que les propriétaires de l'outil de travail maintiennent leurs gains parce que l'argent public a alimenté les caisses de l'entreprise ?
On nous dit qu'il est nécessaire de faire des économies dans les dépenses publiques, alors qu'ici, des milliards sont vampirisés par des entreprises privées, presque sans aucun contrôle et encore moins de contrepartie, notamment en termes de maintien de tous les emplois.
Je pense ne pas avoir besoin d'énumérer les situations problématiques. Chaque jour, nous en avons de nouveaux et funestes exemples. Vous êtes bien placé pour le savoir puisqu'ils arrivent tous à votre cabinet : Michelin, ArcelorMittal ou STMicroelectronics, ces derniers jours encore.
Et que dire du cas de Saverglass, de ce grand détournement d'argent public ? Le fonds d'investissement américain Carlyle a réalisé en 2023 une plus-value de près de 1 milliard d'euros sur la vente de ses 75 % de parts de l'une de nos entreprises les plus compétitives dans son secteur, dont le site havrais de la Verrerie de Graville est le fleuron. Un an plus tard, seulement, l'entreprise demandait une aide de 59 millions à l'État parce qu'elle ne pouvait pas financer seule la transformation électrique de ses fours – au passage, elle en a fermé un. Six mois plus tard, malgré ce chèque, un plan de licenciement validé par l'État entraînait le départ d'un quart des effectifs, soit 112 salariés.
Tous ces emplois perdus sont autant de savoir-faire perdus. Cette dégradation du tissu économique et industriel alimente la colère et une perte de confiance envers l'État, censé garantir la justice et défendre l'intérêt général.
Quelles mesures concrètes l'État compte-t-il prendre pour mettre fin à ces scandales et garantir la préservation de tous les emplois, des sites et des outils de production dans l'industrie lorsque des entreprises perçoivent des financements publics ?