Emmanuel TachéMonsieur le ministre de la ruralité, le monde taurin traverse une crise inédite, qui met en péril sa survie même et celle d'un pan entier de l'identité du territoire de ma circonscription, et bien au-delà. Au lendemain de l'organisation des premières assises des manadiers, qui ont réuni des centaines de Camarguais, des élus nationaux et locaux, des responsables associatifs et agricoles, je me fais le porte-parole d'un peuple qui exprime une doléance existentielle.
Après le désistement quasiment systématique de compagnies d'assurances dont une majorité refuse désormais d'assurer les manadiers, l'arrivée de la dermatose nodulaire contagieuse a imposé un coup d'arrêt total à la saison 2025. Je tiens à saluer l'exemplarité des éleveurs, qui ont décidé de poursuivre le confinement des cheptels au-delà des dates imposées par les autorités.
Face au refus d'assurance, manadiers, clubs taurins et collectivités sont contraints de se tourner vers des courtiers ou vers des compagnies espagnoles. Je rappelle ici que nos exploitations sont consubstantielles de l'identité camarguaise.
Cette crise n'est pas nouvelle et différentes propositions de loi, issues de divers bancs, sont régulièrement déposées par les députés et sénateurs soucieux de la survie de ces manifestations. En octobre 2023, j'avais déposé une proposition de loi visant à protéger les organisateurs de fêtes traditionnelles. En juin dernier, avec nos collègues Nicolas Meizonnet et Charles Alloncle, j'ai déposé une proposition de loi visant à modifier le régime de responsabilité en matière de fêtes traditionnelles camarguaises. Elle tend à supprimer le régime de responsabilité exclusive qui pèse aujourd'hui sur les organisateurs de manifestations taurines, qu'il s'agisse des manadiers, des associations et des collectivités. En contrepartie, elle prévoit d'instaurer un régime de responsabilité partagée, entre organisateurs et participants, comme cela se pratique dans de nombreux domaines.
Les gouvernements successifs sont depuis longtemps au fait de cette situation. Je tiens d'ailleurs à saluer les préfectures des Bouches-du-Rhône et du Gard, qui n'ont pas ménagé leur soutien lors de la dernière saison. Si nous ne faisons rien, ce sont des centaines de fêtes populaires qui, à court terme, disparaîtront purement et simplement, entraînant dans leur chute un écosystème unique au monde, celui de la Camargue, une agriculture et des élevages à nuls autres pareils et la fin de l'encierro, de la bandido et de l'abrivado. Ces manifestations contribuent au dynamisme économique de nos territoires ruraux et semi-ruraux, à la préservation de nos traditions, de nos paysages et d'une agriculture singulière.
Ma question est simple : au-delà d'un soutien d'autorité, pouvons-nous envisager une convergence des volontés, avec l'inscription au calendrier législatif de la modification du régime de responsabilité des manifestations impliquant des animaux, prévoyant une dérogation aux articles 1242 et 1243 du code civil, en lien avec le ministère de l'économie, celui des sports et celui de l'agriculture, afin que nous abordions l'avenir de nos traditions durablement et sereinement, puisqu'une solution réglementaire n'est visiblement pas d'actualité ?