Lionel DuparayDepuis plusieurs années, la structure de la famille a beaucoup évolué : les familles monoparentales, homoparentales ou recomposées sont de plus en plus fréquentes. Le modèle du foyer unique – un père et une mère vivant ensemble avec leurs enfants à charge exclusive –, n'est plus la norme. Si certaines allocations, comme l'allocation de rentrée scolaire, peuvent être versées par moitié à chacun des parents, cela ne reflète pas la charge réelle, notamment dans le cas d'une garde partagée.
Cette situation est particulièrement dommageable lorsque le couple parental, qui finit par se substituer au couple conjugal, est confronté à la maladie de l'enfant ou à son handicap. La présence des deux parents est encore plus nécessaire dans cette épreuve, dans l'intérêt supérieur de l'enfant.
Je reçois à ma permanence de nombreux témoignages de parents en situation de détresse, car ils ne peuvent, pour des raisons professionnelles, s'investir davantage. Alors que des allocations comme l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ou l'allocation journalière de présence parentale existent, il reste compliqué de pouvoir se relayer au quotidien auprès de l'enfant malade ou en situation de handicap.
L'AJPP, comme d'autres, est exclusivement versée au parent « premier déclarant » ou « en principal », sur le modèle de l'allocataire unique. C'est une rupture du principe de l'égalité de traitement dans le soutien de l'État face à la charge de la parentalité.
Sur ce sujet, les décisions du Défenseur des droits sont très nombreuses et soulignent le caractère discriminatoire de la règle de l'unicité de l'allocataire, la rupture d'égalité entre parents non séparés et parents séparés et l'atteinte portée à l'intérêt de l'enfant. Dans son avis du 3 juillet 2019, le Défenseur des droits a proposé l'abandon général de la condition d'allocataire unique.
Quand le gouvernement remettra-t-il complètement en cause la condition d'allocataire unique afin de mieux prendre en considération la diversité des situations – garde alternée ou partagée, coparentalité ou monoparentalité ? Quand réformera-t-il les règles d'octroi de ces prestations familiales pour qu'elles soient réparties en fonction de la charge réelle et de la durée de résidence de l'enfant chez chacun des parents ?