Édouard BénardEn juin 2025, l'État français s'est engagé à apporter 52 millions d'euros au financement du projet de reconversion de la papeterie Chapelle Darblay de Grand-Couronne en unité de production de papier pour ondulé, endossé par le groupe Fibre Excellence. Ce soutien se décline en une entrée au capital à hauteur de 27 millions et une subvention de 25 millions. Le groupe canadien, propriétaire de la Société nouvelle Darblay production, doit quant à lui apporter 160 millions d'euros.
Les collectivités territoriales concernées, au premier chef la métropole de Rouen, ont, à leur niveau, levé les derniers obstacles juridiques et financiers susceptibles d'entraver la bonne marche du projet. Ainsi, les actifs énergie du site ont été isolés au sein d'une nouvelle société, Grand-Couronne Énergies, détenue par Fibre Excellence via la SNDP et par des investisseurs externes, dont la société d'économie mixte Axe-Seine énergies renouvelables et un fonds d'investissement en énergie, pour un investissement total estimé à 133 millions. Cette somme doit permettre d'assurer la conversion de la chaudière biomasse du site en chaudière alimentée par du combustible solide de récupération, le fameux CSR.
Or il s'avère que certains choix industriels et énergétiques, effectués par l'État en 2025 en matière de tarif garanti d'achat de l'électricité, sont venus perturber le marché d'approvisionnement en CSR qui doit alimenter la chaudière adossée au projet Chapelle Darblay. Dans ce cadre, le tarif garanti de rachat de l'électricité qui sera produite par la centrale thermique GazelEnergie de Gardanne, une fois convertie au CSR, n'est pas sans soulever de questions. Avec un engagement de rachat à hauteur de 250 euros par mégawattheure, soit près du double du tarif initialement envisagé, c'est presque 800 millions qui auront été dépensés par l'État pour soutenir ce projet. Ce choix heurte l'ensemble des acteurs industriels consommateurs de CSR. Ainsi, la Fédération nationale du bois déclare : « Jamais aucune entreprise privée n'avait bénéficié d'un tel prix de rachat de l'électricité pour une chaudière biomasse, a fortiori avec un rendement énergétique médiocre. » GazelEnergie, propriété du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, peut ainsi faire monter les enchères pour s'approprier les approvisionnements en CSR au détriment des autres acteurs industriels français – une distorsion de concurrence pour partie imputable à l'État et qui n'est pas sans conséquences pour le dossier qui nous intéresse, celui de la Chapelle Darblay.
Aussi, outre la confirmation des engagements financiers de l'État en soutien au projet de relance de Chapelle Darblay, je vous demande, monsieur le ministre, de bien vouloir me préciser quelles sont les initiatives qu'entend prendre l'État pour maîtriser le prix du CSR, dont la hausse s'avère préjudiciable aux industries françaises consommatrices. Les choix industriels de l'État français nécessitent une vision et une stratégie globale partagée. Il conviendrait que les services de votre ministère, comme les y invitent les élus du territoire, s'impliquent davantage dans le pilotage du projet de Chapelle Darblay afin de lever les ultimes obstacles susceptibles de retarder la relance du site, pour qu'enfin on revoie des « Pap' Chap' » franchir les barrières de l'usine.