Lionel TivoliJe constate que le ministre chargé de la décentralisation n'est pas présent ce matin. Alors que nous parlons des communes oubliées, il semble que ce ministre ait aussi été décentralisé ! J'espère toutefois que mon message lui parviendra.
Depuis plusieurs années, les communes françaises, plus spécialement les communes rurales, subissent une baisse continue de la dotation globale de fonctionnement. La DGF n'est pas un détail comptable, ce n'est pas une ligne budgétaire parmi d'autres, c'est un pilier de l'action publique locale qui permet aux communes d'assurer les services essentiels du quotidien et de maintenir une présence concrète de la République sur tout le territoire. Or ce pilier s'effrite dans un contexte d'inflation durable et d'explosion de charges. Alors que les normes s'accumulent, que l'État demande toujours plus aux maires en matière de sécurité, d'urbanisme et d'écologie, les dotations baissent ou stagnent, ce qui revient très concrètement à un désengagement financier de l'État. Cette politique frappe avant tout nos communes rurales. Les derniers recensements de l'Insee ont trop souvent revu à la baisse la population de nos villages. Sur le papier, ce sont quelques habitants en moins, mais dans la réalité ce sont des changements de palier et donc des baisses automatiques de DGF, sans que les charges diminuent d'un seul euro – les routes sont toujours là, les bâtiments aussi, les attentes des habitants également.
Ce mécanisme est technocratique, déconnecté du terrain et profondément injuste. La commune du Mas en fait aujourd'hui les frais et je tiens à apporter mon soutien à son maire, Ludovic Sanchez, confronté à une situation qu'il n'a ni choisie ni provoquée. Ce n'est pas un cas isolé : la commune d'Aiglun a perdu 28 % de sa dotation globale de fonctionnement en quatre ans. Son maire, Anthony Salomone, doit aujourd'hui assumer une équation impossible : moins de moyens mais autant d'infrastructures, autant de services, autant de responsabilités. Les marges de manœuvre des communes rurales sont quasi inexistantes : leurs bases fiscales sont faibles, leur patrimoine est vaste, leur besoin est réel. Depuis des décennies, ce sont toujours les mêmes territoires que l'on sacrifie.
Pendant que l'État se désengage, les communes rurales doivent tout faire seules : entretenir, investir, maintenir l'attractivité, préserver la cohésion sociale. Cette situation affaiblit les maires, creuse les fractures territoriales et fait peser un risque sérieux sur la cohésion nationale. À force de retirer des moyens d'agir aux communes rurales, ce n'est pas seulement leur budget qu'on fragilise, c'est l'égalité entre les territoires que l'on met en danger. Les chiffres sont clairs : en 2025, un tiers des communes françaises, soit près de 13 000 communes, ont vu leur DGF baisser. Les exemples d'Aiglun et du Mas ne sont pas des exceptions, ils sont devenus la règle.
Jusqu'où le gouvernement entend-il aller ? Quel sera le bilan en 2026 ? À l'approche du vote des budgets communaux, le gouvernement compte-t-il enfin sortir d'une logique de désengagement pour proposer une réforme structurelle en vue d'une dotation globale de fonctionnement plus juste, plus lisible et réellement adaptée aux réalités des communes, afin de permettre aux maires d'exercer leurs responsabilités sans être pénalisés en permanence ?