Roger ChudeauMonsieur le ministre de l'éducation nationale, je souhaite vous interroger sur les performances de notre système éducatif.
Vu de Sirius, les mauvais résultats globaux de notre enseignement scolaire ont principalement leur source dans 15 % des collèges publics, dont la majorité se trouvent en réseau d'éducation prioritaire. Ces quelque 800 établissements concentrent une grande difficulté scolaire, sociale et culturelle. Ils disposent pourtant tous d'importants moyens et de personnels compétents.
Devant cet état de fait connu depuis des décennies et auquel vous vous attaquez à quatorze mois de la prochaine élection présidentielle, vous aviez trois possibilités : une réforme de l'éducation prioritaire, une réforme systémique ou la gestion des affaires courantes. Vous avez déclaré le 9 décembre 2025 ne pas disposer de « l'espace-temps politique suffisant » pour engager la réforme de l'éducation prioritaire.
Révisée pour la dernière fois en 2014, la carte des REP concerne pourtant un collège sur cinq et près de 2 millions d'élèves. Initialement pensée pour être actualisée tous les quatre ans, elle est figée depuis onze ans alors qu'un consensus général existe sur son obsolescence, ce qu'attestent de nombreux rapports – Cour des comptes, Assemblée nationale, Sénat, Inspection générale de l'éducation nationale. Ils appellent à actualiser cette carte dont les anomalies sont manifestes, voire à changer de paradigme en la matière.
Un autre modèle de traitement de la concentration des difficultés est en effet possible. Il est d'ailleurs fortement suggéré par le rapport Azéma de l'IGEN et par le rapport de la mission d'information parlementaire que j'ai eu l'honneur de présider sous la précédente législature. Il est en effet parfaitement possible, dès aujourd'hui et par la loi, de créer, en lieu et place des REP, des établissements autonomes et expérimentaux, sur le modèle des charter schools, contractualisés sur des objectifs de performance scolaire et suivis et évalués par le ministère. Vous n'avez pas, hélas, cette audace ni cette ambition. Cette ambition, nous l'aurons à votre place.
Vous avez donc choisi le moins-disant, avec la circulaire du 17 décembre 2025 – une circulaire de plus ! Honnêtement, elle est un véritable archétype des mesures les plus éculées, les plus vagues, les plus banales – équipe ressource, plan pluriannuel, plan de formation, etc. – que sait proposer la direction générale de l'enseignement scolaire. Je suis désolé d'avoir à vous le dire, mais vous avez choisi le statu quo et l'expédition des affaires courantes habillée du discours administratif ad hoc.
Avec ce plan, le gouvernement invente, si j'ose dire, un nouveau gadget technocratique qui viendra s'ajouter au millefeuille administratif de l'éducation prioritaire – REP, contrats locaux d'accompagnement, cités éducatives, territoires éducatifs ruraux et tutti quanti. Cette démultiplication des dispositifs rend de plus en plus illisible une politique publique qui aurait besoin d'un pilotage national, clair et affirmé.
Je suis donc conduit à vous demander si le gouvernement entend enfin engager une refonte structurelle de l'éducation prioritaire accompagnée d'un programme budgétaire spécifique dans la loi organique relative aux finances publiques, doté de moyens importants et inscrit dans un programme annuel de performance. J'aimerais également savoir si une nouvelle cartographie des REP va être établie, intégrant de façon plus équilibrée les territoires ruraux en difficulté ; si un plan d'urgence dérogatoire sera mis en œuvre pour l'acquisition des savoirs fondamentaux, notamment dans les départements de Mayotte et de Guyane, qui sont en état d'urgence éducative ; si l'éducation prioritaire sera évaluée de manière spécifique avec la remise d'un rapport du ministre au Parlement ; enfin, si la politique d'assimilation républicaine sera considérée comme une priorité et fera l'objet d'un suivi spécifique.