Maxime MicheletCette question orale, qui fait suite à une question écrite déposée le 18 novembre et restée sans réponse, s'adresse à Mme la ministre de l'agriculture, que je vous remercie de représenter. En juillet 2025, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail a procédé au retrait du marché de vingt spécialités phytosanitaires à base de cuivre. Depuis lors, toute la filière viticole se mobilise pour trouver une solution face à la grave déstabilisation engendrée par cette décision.
À l'inquiétude initiale a fini par succéder une angoisse plus profonde encore : celle de voir s'approcher les échéances viticoles annuelles sans qu'aucune solution n'ait été apportée. De telles angoisses se font entendre dans tous les vignobles français, notamment dans celui dont j'ai l'honneur d'être l'un des députés, le vignoble champenois, parmi les viticulteurs conventionnels, dont 85 % utilisent du cuivre, comme parmi ceux engagés dans la filière bio, qui pourraient être mortellement touchés par ces interdictions.
En effet, celles-ci font suite à de précédents retraits du marché, qui avaient conduit les viticulteurs conventionnels comme biologiques à se rabattre sur les produits cupriques, aujourd'hui parmi les derniers moyens de lutte efficaces contre le mildiou et d'autres maladies cryptogamiques. Seuls deux produits ont été réautorisés, mais avec des conditions d'usages totalement déconnectées des besoins et des réalités du terrain. Cette décision a été prise sans aucune considération pour nos vignerons, abandonnés dans une impasse technique lourde de conséquences.
La situation est d'autant plus préoccupante et insensée que, dans un avis rendu le 12 juin 2025, l'Anses reconnaissait elle-même les difficultés socio-économiques considérables qu'engendrerait une transition brutale vers une viticulture sans cuivre. Cette étude démontre notamment que, dans une hypothèse « zéro cuivre », la filière biologique devrait supporter une perte de rendement pouvant aller jusqu'à 40 %, entraînant des pertes de marges non soutenables pour cette filière. Ces interdictions condamnent donc nos vignerons bio à la mort économique ou à la déconversion de leurs vignes, à contre-courant des ambitions environnementales affichées par l'État.
Il convient également de rappeler que, dans l'immédiat, les innovations techniques ne permettent pas de se passer de cuivre. Les expérimentations de cépages dotés de gènes de résistance au mildiou et à l'oïdium constituent certes des avancées prometteuses, mais ces variétés nécessitent encore des traitements au cuivre en moindre dose pour préserver l'efficacité des gènes.
Cette décision met également en lumière des incohérences graves entre les cadres français et européen, l'Union européenne ayant en effet prolongé l'homologation du cuivre jusqu'en juin 2029. Dans ce dossier, nos viticulteurs subissent donc de nouveau une surtransposition ubuesque, comme le monde agricole n'en connaît que trop.
Les calendriers de traitement de nos vignerons s'avancent. L'urgence est là, incontestable, existentielle pour nombre d'entre eux, notamment pour nos vignerons bio. Quelles mesures d'urgence le gouvernement entend-il déployer pour accompagner nos viticulteurs face à cette situation et faire sortir notre vignoble de cette impasse insensée ?