Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités. Vous alertez à juste titre la ministre de la santé sur l'augmentation préoccupante du mauvais usage du protoxyde d'azote à des fins récréatives, en particulier chez les plus jeunes. Les données de santé publique montrent en effet une hausse de consommation particulièrement inquiétante parmi cette population. Le mésusage du protoxyde d'azote peut avoir des conséquences mortelles immédiates, notamment lorsqu'il est associé à la conduite, puisqu'il peut alors provoquer des accidents graves. Mais les conséquences sanitaires de cette consommation sont également établies : on constate une augmentation des complications graves telles que des atteintes neurologiques parfois irréversibles, des problèmes d'ordre cardiovasculaire ou hématologique, ou encore des risques reprotoxiques documentés.
Face à de tels constats, l'État a mis en place un cadre juridique protecteur visant à limiter la consommation du protoxyde d'azote. Vous avez rappelé que la loi du 1er janvier 2021 a interdit la vente aux mineurs, mais elle interdit aussi certains circuits de distribution et les dispositifs facilitant l'inhalation. Ajoutons qu'un arrêté de juillet 2023 a limité strictement les volumes vendus aux particuliers et qu'un décret de décembre 2023 impose un message sanitaire explicite à destination du public. Comme vous, nous ne sommes pas naïfs : nous savons bien que ces règles sont encore trop souvent contournées, notamment au moyen d'internet et de l'achat de bonbonnes de grand format.
Aujourd'hui, l'action de santé publique repose sur trois piliers.
Il s'agit tout d'abord de renforcer la prévention, comme vous le préconisez : cela passe par le déploiement de campagnes ciblées – notamment la campagne récente « Le proto, c'est trop risqué d'en rire » –, appuyées par des sites de référence comme parlons-proto.fr. Ces campagnes sont soutenues par des agences régionales de santé et complétées par des campagnes régionales financées au moyen du fonds de lutte contre les addictions.
Deuxième pilier : prendre en charge, notamment en addictologie, les consultations jeunes consommateurs. Gratuites et confidentielles, elles permettent de proposer, partout sur le territoire, un accueil, une écoute et une orientation par des professionnels des addictions. Des services hospitaliers proposent également des téléconsultations pour s'adapter aux patients les plus jeunes.
Troisième pilier : réduire l'accessibilité pour limiter l'exposition à un produit dont le mésusage entraîne des dommages sanitaires graves. Des travaux sont engagés en ce sens avec les ministères de l'intérieur et de la justice pour mieux encadrer le transport en quantité importante de ce produit, lutter contre son usage détourné et renforcer la réponse en matière d'homicide routier sous protoxyde.
La priorité est claire : éviter les parcours de vie brisés, prévenir des drames évitables et protéger au maximum nos jeunes.