Hadrien ClouetLe petit livre que je tiens dans la main est un plan du métro de Paris en braille. Grâce à lui, des dizaines de milliers de personnes aveugles ou malvoyantes vivent leur vie. Elles vont travailler, sortent le soir, se rendent chez le médecin.
Le système braille, écriture tactile à partir de points, a été inventé en France il y a deux cent un ans. Toutefois, pour lire en braille, il faut imprimer en braille, ce qui requiert des machines-outils spécifiques, notamment une embosseuse connectée à un terminal. Et la dernière imprimerie braille du pays, le centre de transcription et d'édition en braille, à Toulouse, est asphyxiée financièrement au point de risquer la fermeture. Si ce centre ferme, tout l'écosystème braille tombe avec : plus de presse écrite, plus de documents bancaires en braille, plus de partitions pour jouer de la musique.
Je viens donc aujourd'hui plaider la cause de ce centre d'imprimerie en braille. C'est une fierté nationale, un outil industriel, un service d'intérêt général et un espace d'émancipation collective. Pourquoi cette imprimerie est-elle menacée ? Parce qu'il faut trois semaines pour transcrire un ouvrage en braille ; or ils ne sont que douze salariés au centre toulousain, épaulés par soixante bénévoles. D'autant que pour garantir l'égal accès à la lecture à toutes et tous, le centre vend ses livres au même prix que ceux vendus en librairie, c'est-à-dire à perte. Cette égalité a donc un prix : 300 000 euros sont nécessaires pour continuer l'activité. Afin que chacun comprenne, 300 000 euros représentent une heure des revenus de l'impôt sur la fortune immobilière.
La ministre de la culture a accepté de financer cette enveloppe en janvier, lors d'un rendez-vous auquel participait Bernard Minier, parrain du centre. L'argent promis n'est toujours par arrivé, où est-il ? Où en est le projet de portail numérique de l'édition adaptée, à propos duquel on berne les malvoyants depuis longtemps ? Je tiens en main le courrier en date du 5 janvier 2024 annonçant la création de ce portail numérique. Où en est le rapport interministériel sur l'édition adaptée en France – rapport pour la préparation duquel le centre de transcription en braille n'a pas été auditionné ?
Ce sont beaucoup d'éléments disparus dans la nature pour un ministère soi-disant intéressé. La directrice du centre a même proposé une solution pérenne : augmenter de quelques centimes le prix des livres en librairie pour financer la production en braille. Sur tous ces sujets, quelles sont les intentions du gouvernement ?