Matthias TavelUne femme est décédée aux urgences de Saint-Nazaire le 9 janvier dernier. Un décès inattendu, comme on dit pudiquement. Une mort due à « un retard de prise en charge dans un contexte de saturation et de conditions de travail extrêmement dégradées », pour reprendre les mots du chef de service. Nous pensons à la famille de la victime et aux soignants épuisés – ceux qu'on applaudissait pendant la crise du covid et que vous avez laissés tomber. Leur dévouement ne suffit plus : leur préavis de grève a permis d'obtenir 16,5 équivalents temps plein, preuve de la légitimité de leur demande. Mais partout ce sont des urgences saturées, des patients accueillis dans des conditions indignes, des soignants épuisés. Ce n'est plus une crise hivernale, c'est une surcharge continue depuis des mois malgré le tri imposé par le 15 pour accéder aux urgences.
Ce qui est en cause, c'est l'étranglement financier et humain de l'hôpital public. Plus de 32 000 lits ont été fermés depuis l'arrivée de M. Macron au pouvoir. Le budget de la sécurité sociale, que votre gouvernement a fait voter avec les voix des députés macronistes, LR et socialistes, prévoit encore 3 milliards d'économies dans les dépenses de santé en 2026. L'hôpital craque, mais le gouvernement veille à ce que, surtout, les plus riches ne soient pas mis à contribution pour financer nos services publics !
À Saint-Nazaire, nous faisons face à une difficulté supplémentaire, venant s'ajouter aux coupes budgétaires. Le centre hospitalier de la ville a la particularité d'être étouffé par un bail emphytéotique dû à sa construction dans le cadre d'un partenariat public-privé. Ce bail pose deux problèmes. Tout d'abord, il grève les finances de l'hôpital et le lie jusqu'en 2043. L'agence régionale de santé verse une aide annuelle, mais le reste à charge est considérable : plus de 8 millions pour la seule année 2026. Cette aide au loyer est par ailleurs gelée, alors que le loyer est indexé et progresse chaque année. Enfin, cette aide n'est prévue que jusqu'en 2031, c'est-à-dire douze ans avant la fin du bail. Second problème de ce bail, il bloque les investissements du centre hospitalier et empêche l'augmentation de ses capacités, en particulier l'agrandissement des urgences, compte tenu de la mauvaise volonté manifeste du bailleur d'accompagner les projets hospitaliers. La chambre régionale des comptes conclut, dans son rapport récent, que l'hôpital est sous-dimensionné et que c'est « le maintien opérationnel, à terme, de l'activité hospitalière qui est en jeu ». Il y a donc là un enjeu de santé publique et pas seulement un enjeu financier.
Ni Mme la ministre de la santé, à qui s'adresse cette question, ni aucun de ses cinq prédécesseurs n'ont répondu aux alertes transpartisanes que nous leur avons adressées sur cette situation avec d'autres élus nazairiens. Quand, enfin, aurons-nous une réponse du gouvernement ? Quand, enfin, le gouvernement réunira-t-il l'ensemble des parties prenantes pour déterminer les voies et moyens d'une sortie de l'impasse, notamment grâce à la sortie du bail ? Saint-Nazaire s'apprête à construire un porte-avions représentant un coût de 10 milliards d'euros. La sortie du bail représente à peine 4 % de ce coût. Faudra-t-il construire demain un navire-hôpital pour soigner correctement les Nazairiens ?