Aurélien PradiéLe narcotrafic en bande organisée est perçu comme l'un des fléaux majeurs qui menacent notre pays. La lutte contre ce fléau est vitale pour la subsistance même de la nation, de l'État de droit, de l'organisation démocratique et républicaine.
Lorsque je parle d'une lutte vitale pour la subsistance de la nation, je pèse mes mots. Nous avons, les uns et les autres, identifié des pistes, et des mesures ont été adoptées, notamment pour lutter contre la consommation de drogues et pour dénoncer son installation, discrète, insidieuse, dans notre pays.
Mais il existe deux fléaux dont nous parlons trop peu et sur lesquels je désire interroger le ministre de l'intérieur. Le premier est celui de la corruption. Le chiffre d'affaires – si l'on peut s'exprimer ainsi – du trafic de drogue est bien supérieur au budget de nombre de nos ministères, par exemple à celui du Quai d'Orsay. Il ne faut pas sous-estimer la force de frappe corruptive que les trafiquants de drogue ont désormais acquise dans notre pays, au sein même de l'appareil d'État. Il ne se passe pas un mois sans que l'un de nos fonctionnaires, un agent, un élu, un dépositaire de l'autorité publique soit inquiété ou condamné pour une affaire de corruption. Ce sujet-là est délicat et même encombrant, tant il est gênant d'en parler. Il s'agit pourtant d'un des premiers indicateurs de la faillite d'un État de droit face au narcotrafic.
Nous avons besoin d'une opération mains propres – là aussi, je pèse mes mots – au sein même de l'appareil d'État, parmi ceux qui représentent notre nation.
Le second fléau dont nous parlons trop peu, alors qu'il est, lui aussi, essentiel, c'est celui du trafic d'armes. Notre pays en est quasiment inondé ; l'accès aux armes de guerre y est devenu d'une facilité préoccupante. En 2022, plus 8 000 armes ont été saisies, dont une majorité d'armes de guerre. Les règlements de comptes auxquels nous assistons ici ou là se font désormais à l'arme de guerre. En 2024, dans notre pays, 110 personnes ont été tuées par arme dans le cadre de trafics ou de bandes organisées et plus de 340 ont été blessées. De plus en plus nombreuses, ces armes proviennent de théâtres de guerre, issues parfois de nos propres arsenaux : certaines reviennent du Sahel, de Libye ou encore du territoire ukrainien.
C'est sur ces deux problèmes que je voulais interroger le ministre de l'intérieur : que faisons-nous d'absolument radical pour lutter contre la corruption au sein de l'appareil d'État et contre le trafic d'armes – deux phénomènes qui, pris ensemble, sont les signes d'une guerre que nous risquons de perdre ?