Arnaud SimionCinq lettres pour un projet gigantesque qui suscite des interrogations nombreuses et légitimes : le projet Bromo prévoit le regroupement des activités satellitaires de Thales Alenia Space, d'Airbus Defence and Space et de Leonardo afin de « contrer la domination de Starlink ». Ce rapprochement, qui vise à créer un acteur industriel européen majeur dans le domaine spatial, est source d'interrogations. Le projet est séduisant, puisqu'il renforcerait l'écosystème spatial européen, accroîtrait l'autonomie stratégique de l'Europe et permettrait à celle-ci d'affirmer son rôle central sur le marché spatial mondial, mais les échos sur le terrain, parmi les salariés de ces trois groupes, qui partagent pourtant cette volonté, ne sont pas très optimistes.
Le contexte social est particulièrement tendu, avec des suppressions de postes déjà annoncées par Thales Alenia Space et Airbus Defence and Space, qui induiront des pertes de compétences et de savoir-faire, en France et en Europe. On s'inquiète de l'avenir des sites industriels français, en particulier à Toulouse, à Cannes et à Élancourt. On a des craintes pour la souveraineté technologique et industrielle de la France, mais aussi face au risque d'une concentration excessive, au détriment de la diversité industrielle européenne. En créant un interlocuteur unique pour l'Agence spatiale européenne, la fusion risque de bouleverser l'équilibre de la filière spatiale européenne et de réduire la capacité de pilotage des États membres.
Les organisations syndicales ont déjà exprimé leur inquiétude concernant l'absence de transparence quant aux objectifs réels de cette opération et aux conséquences qu'elle pourrait avoir. Quelle est la position du gouvernement, de l'État actionnaire, sur ces problématiques ? Quelles conditions entendez-vous poser dans le cadre des discussions avec la Commission européenne et les industriels concernés ? Quelles garanties comptez-vous exiger en termes de maintien des emplois, de pérennisation des sites de production français, de préservation des compétences stratégiques et de pilotage public, à l'issue de cette réorganisation industrielle majeure ? C'est un enjeu essentiel sur les plans économique et social, et en termes de souveraineté, pour nos territoires comme pour nos filières de formation.